N°341
Mars | Avril | 2005
Villes chinoises en mouvement
Jean Chesneaux
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Grand prix 2004, L’urbanisme à plusieurs voix
Par Antoine Loubière

La remise du Grand prix de l’urbanisme est l’occasion de faire le point sur une œuvre – en 2004, celle de Christian de Portzamparc –, mais aussi sur différents parcours professionnels et sur des idées mises à l’épreuve des territoires urbains dans leur diversité. Retour sur la cérémonie du 20 décembre 2004.

La rénovation urbaine a son école
Par Antoine Loubière

L’École de la rénovation urbaine, mise en place par l’Union sociale pour l’habitat avec le soutien de la Caisse des dépôts et de la CGLLS, vise à doter les cadres des organismes HLM d’une culture urbaine pour mener à bien des projets complexes.

Flash sur le recensement 2004
Par Olivier Piron

Dans la continuité de sa réflexion sur l’appréhension statistique de l’urbain et du rural (cf. son article “Penser, nommer, classer les territoires” paru dans Urbanisme n° 338), Olivier Piron, inspecteur général des transports et des travaux publics, nous a adressé quelques notations sur les premiers résultats des enquêtes annuelles de recensement (collecte 2004) concernant la construction neuve de logements, accompagnées d’un petit tableau de synthèse.

Où construit-on des logements en France ?
Par Jean-Pierre Schaefer

Le tableau sur cinq ans de construction neuve (1999-2003) publié dans Urbanisme n° 338 a fait l’objet d’un approfondissement de la part de son auteur, Jean-Pierre Schaefer, responsable études économiques et habitat à la Direction des fonds d’épargne (DFE) de la Caisse des dépôts, qui nous a communiqué les précisions qui suivent.

Paris/Banlieues
Par Antoine Loubière

Le nouveau PLU parisien, la révision du schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF), la perspective des jeux Olympiques mettent en question la pertinence des échelles actuelles de la gestion urbaine de la métropole parisienne, alors que le paysage politico-administratif se complexifie, voire se durcit avec la montée en puissance d’intercommunalités en banlieue et la réaffirmation offensive de certains départements. La revue Urbanisme avait contribué à nourrir le débat avec son dossier Paris/Banlieues (n° 333, nov.-déc. 2003). Depuis, la réflexion s’est poursuivie dans différents lieux, comme les séminaires initiés par la Ville de Paris autour de l’historienne Annie Fourcaut. Et plusieurs textes circulent actuellement autour de cette problématique du fait métropolitain. Nous publions ici celui du “pari métropolitain”, issu d’un groupe de travail d’experts, d’universitaires et d’architectes-urbanistes réuni autour de Paul Chemetov, André Lortie et Simon Ronai. Soumis dans son état actuel (au 8 février 2005) à la critique d’une centaine de destinataires – historiens, géographes, sociologues, économistes, journalistes, architectes, urbanistes, écrivains, philosophes ou artistes –, il nous a paru poser la question même qui conditionne le destin parisien. On notera sa convergence avec la proposition d’une “cité de la métropole parisienne” avancée par l’urbaniste Michel Le Duc, pouvant s’installer aux Halles ou sur le toit de la Grande Arche...


" C’est l’heure du pari métropolitain Le succès de l’exposition sur le réaménagement du quartier des Halles et la vivacité du débat à cette occasion l’ont montré : les Parisiens s’interrogent sur la forme de leur avenir. Mais les habitants de Paris ne sont pas les seuls concernés. De nombreux “banlieusards”, “franciliens”, “provinciaux” ou “étrangers” sont venus voir et discuter les quatre projets présentés sur le ventre de Paris intra-muros. Pour autant, vu de New York ou de Rio, Paris ne se limite pas à l’enceinte du boulevard périphérique. La perspective des jeux Olympiques de 2012 renforce cette vision d’un Paris vivant à la dimension de l’agglomération parisienne. Car, comme on l’a vu à Barcelone ou à Pékin, l’horizon d’un tel événement est un accélérateur des mutations urbaines. Reste à le concevoir dans le cadre d’un développement solidaire de l’agglomération centrale.


Comment définir au sens géographique, social et économique cette métropole ? Pragmatiquement, c’est le territoire desservi par les quatre premières zones de la carte orange, 250 communes du centre de la Région Île-de-France dont 80 en constituent le cœur dynamique. S’y concentrent 5 millions d’habitants (47 % de la population francilienne, mais 5 % de l’espace régional), 90 % des déplacements régionaux, 60 % des emplois, 30 % du PIB français. Paris ainsi défini se place au troisième rang des agglomérations mondiales pour la création de richesses, dépassant même Londres sur ce point.
Depuis la réforme gaullienne de 1964 qui réorganisait la région parisienne par la disparition du département de la Seine et la création des sept départements actuels de l’Île-de-France, une question s’est progressivement imposée : comment, dans cette métropole, faire coïncider les territoires vécus et les périmètres administrés ?
Comparativement à l’organisation des vieilles métropoles européennes ou des mégalopoles internationales, nous héritons d’une exception française, d’une anomalie parisienne. Une Région, sept départements et Paris, à la fois ville et département, 1 300 communes dont 11 seulement de plus de 100 000 habitants, la représentation du territoire régional et métropolitain est aujourd’hui aveuglée par les différentes échelles de ces découpes institutionnelles. Paris, 1 % du territoire régional, 19,4 % de sa population, 32 % de ses emplois, 10 % du PIB Français, n’élit son maire que depuis vingt-sept ans. Le fait régional n’est guère plus vieux : région parisienne en 1964, puis Île-de-France en 1976. Il y a huit ans seulement que son conseil est choisi au suffrage universel. Les départements actuels héritent dans leur organisation des statuts initiés par la Révolution française.
Mais le destin de Paris métropole ne peut plus se poser dans les mêmes termes que ceux imaginés aux temps de la première révolution industrielle. Il ne s’agit pas de répéter l’annexion du préfet Haussmann, ni de laisser jouer le marché en espérant le même résultat. Les exigences de la démocratie, l’histoire et l’identité de chaque commune imposent d’autres moyens.
Alors que Paris, première destination touristique du monde, court au terme de trente années de transformations le risque de se muséifier, les territoires de première couronne de la banlieue changent profondément aussi sous l’effet des mutations parisiennes. Une nouvelle génération de projets territoriaux – la Plaine de France, Seine Amont, la Boucle Nord, Boulogne ou Nanterre – émergent comme laboratoires de nouvelles formes de négociation urbaine. Et pourtant, le vocabulaire politique ne semble exprimer que la correction de situations anciennes. Faudrait-il s’en remettre aux journaux gratuits pour traiter cette question ? Eux qui parlent déjà du Grand Paris.
Depuis peu on assiste à une évolution des points de vue. À l’initiative de Paris, plusieurs villes et un département ont déjà signé des accords de coopération avec la municipalité de la capitale. Des approches communes pour les bois de Vincennes et de Boulogne sont adoptées par Paris et les villes qui en sont riveraines ; de même pour les canaux. La Seine devient l’enjeu d’un projet d’une ligne de bateaux-bus de Joinville à Suresnes. Il faut cependant aller plus loin et plus vite.
La question métropolitaine dans la région parisienne est aujourd’hui une question politique centrale.
Ce que vivent en effet les 5 millions de personnes qui sont chez elles à Paris parce qu’elles habitent et travaillent au cœur de la métropole reste marqué par de profondes inégalités : la desserte par les transports en commun, la densité et la localisation des équipements et services publics, l’accès à l’éducation et à la formation, la qualité de l’habitat et du cadre de vie.
Si les autoroutes, les trains rapides, les ports et aéroports restent dans la sphère étatique, l’infrastructure des routes départementales et municipales, des trains régionaux, des canaux, des parcs et des bois, des grands équipements devenir le support du réseau public qui est une des conditions de l’unité métropolitaine.
L’injustice des temps et des conditions de transport ne peut perdurer, de même que les disparités fiscales entre Paris et la banlieue, qui n’est plus le territoire servant d’un centre servi. Cette situation est datée, les évolutions en cours la mettent en cause, mais il reste que la capitale et l’agglomération ne peuvent aller bien qu’ensemble, sans cela Paris, à l’échelle européenne et mondiale, serait un village, celui rêvé d’Amélie Poulain.
Le seul moyen physique pour y remédier passe par l’affirmation d’un réseau public conçu comme révélateur. Ce réseau existe par les services publics et les espaces publics qui maillent et unifient le territoire.
Ainsi, les raisons du doute politique, de l’abstention électorale, du repli identitaire seront dans la pratique battues en brèche par une expression commune de notre appartenance à un même territoire.
À l’heure où le schéma directeur de la Région Île-de-France est à nouveau en élaboration, c’est en renforcer le sens et l’utilité que d’inviter tous les citoyens à s’exprimer sur ces questions qui, au premier chef, les concernent. La création d’un site Internet de débat, où pourront s’échanger opinions et réflexions sous forme de textes comme d’images (croquis, schémas, cartes, plans…), n’est dans notre esprit que la préfiguration d’un lieu nécessaire : “l’atelier de la métropole parisienne”, espace de documentation, de débats et d’expositions où pourra se construire et s’affirmer la connaissance d’un destin partagé. Et pourquoi pas aux Halles ? "
(Paris, le 8 février 200).

Nantes - L’Après-friche”
Par Thierry Paquot

Prendre le large ! S’ouvrir à l’horizon ! Respirer l’air marin ! Se laisser caresser par le vent mouillé, se perdre dans le jeu infini des combinatoires nuageuses ou fixer jusqu’à l’aveuglement le bleu du ciel, qui reste insensible à la vastitude océanique ? Hérodote témoigne du nom Atlantique pour désigner cette mer bordant le Maroc où résidaient les Atlantes. On l’appelle aussi “Mer occidentale” et parfois même “mer du Nord”, mais le géographe Mercator, en 1569, impose aux cartographes la dénomination d’Atlantique, ce continent aquatique qui représente en superficie deux fois les Amériques et six fois l’Europe ! Ses abords contrastés marquent la présence des hommes tout comme celle des éléments. Des rives, des criques, des grèves, des falaises, des plages, du sable et des galets, des rochers et des récifs, des fonds profonds et des ports “naturels”, des infrastructures terrifiantes, des bunkers au garde-à-vous, des fosses et des arsenaux, l’Atlantique “colle” au rivage de manière heurtée, rarement en douceur. L’après-friche, c’est ce qu’on imagine après le traitement de la friche. Ce délaissé s’enrichit du travail des artistes, s’ouvre à la mer et au monde. L’après-friche est une politesse cosmique.

L’après-friche, une expression pleine de sens
Par Louis-Jean Calvet

On ne date pas une racine linguistique comme on date un fossile. L’étymologie est une science moins exacte que la géologie, et la reconstitution de l’histoire d’un mot est parfois sujette à débat. C’est le cas du mot “friche”. En effet, Louis-Jean Calvet, ethnolinguiste, nous rapporte que pour certains le terme est emprunté au moyen néerlandais versch, “frais”, qui, associé à lant, “terre”, désignait les terres gagnées sur la mer. Mais pour d’autres il remonterait à freis (féminin : fresche), qui en ancien français signifiait “frais”,“qui n’est pas flétri”, “reposé”.

La régénération urbaine : nécessité ou opportunité pour les villes-ports de l’Arc atlantique
Par Claude Chaline

Si la localisation géographique des villes n’est jamais pleinement déterminante pour leur propre devenir, elle ne leur offre toutefois qu’un nombre limité de possibilités de développement et de valorisation. Il appartient alors aux entreprises humaines, dans chaque cas, de retenir, d’interpréter ces données naturelles pour les mettre en phase avec les tendances lourdes et les idées-forces qui caractérisent chaque étape de l’histoire économique mondiale. Par Claude Chaline, professeur émérite à l’Institut d’urbanisme de Paris.

Façade atlantique : l’oubli ?
Par Jacques Beauchard

Façade atlantique : nous connaissons tous ! Alors pourquoi l'oubli ? Notre connaissance est si bien établie que les aménagements côtiers, telle la conversion des friches portuaires (souvent nécessaires comme espaces de réserve et de stockage), ne relèveraient que des règles écologiques du développement durable. Les édiles comme les ingénieurs auraient a priori une claire vision des sites. Jacques Beauchard, sociologue, professeur à l’université Paris-12-Val-de-Marne, n’en croit rien, il nous engage avant tout à interroger notre regard, et plus précisément à traquer les clichés qui nous servent d’écrans communs.

L’après-friche portuaire, entre imaginaire, mémoire et culture
Par Pierre Gras

Les villes portuaires rivalisent d’ambition et de communication pour allumer les nouvelles valeurs culturelles sur les anciens sites d’activité, y attirer les investisseurs et retenir les visiteurs. Mais les stratégies de l’après-friche ne peuvent guère faire l’économie d’une réflexion sur l’ensemble des usages et des fonctions de ces espaces “en devenir”. Pierre Gras, journaliste et écrivain, auteur de Ports et déports ; de l’imaginaire des villes portuaires, propose un regard personnel sur cette dimension inégalement assumée par les projets d’aménagement.