Tours va accueillir du 15 au 17 septembre l’événement “La Ville à l’État Gazeux”, à l’initiative du pOlau-pôle des arts urbains. Explication de son animatrice, Maud Le Floc’h, urbaniste, scénariste *.
Qu’est-ce qu’une “Ville à l’État Gazeux” ?
La Ville à l’État Gazeux est une façon de parler de la ville immatérielle, celle qui est derrière la ville bâtie, la ville en dur, planifiée et “chartée”. C’est aussi un clin d’œil à l’ouvrage de Yves Michaud L’Art à l’état gazeux, qui dénonce la fonction cosmétique de l’art. Elle est l’occasion de donner la parole à ceux qui cherchent et expérimentent une ville en dehors des clous ; praticiens, universitaires et artistes urbains. Les matinées de conférences et débats mobiliseront la tête, les après-midis et soirées activeront les jambes lors de parcours et performances. Il s’agit d’une invitation à diverses expériences urbaines, selon des focales effervescentes, graves et légères.
Le pOlau-pôle des arts urbains aimerait inspirer une Ville à l’État Gazeux, trois jours durant ; inventer ses ressorts publics, ses architectures foraines, son organisation politique. Quel serait le maire d’une telle ville ? Il y a ici une allusion à un carnaval contemporain, au carrefour du scientifique, du politique et du poétique.
L’agglomération et la ville de Tours et l’univer-sité François-Rabelais, en particulier Polytech’-Département Aménagement et la MSH, se prêtent à ce nouvel exercice en soutenant ce projet.
Quels sont les thèmes retenus ?
Notre sujet de prédilection au pOlau est celui de la ville sensible, que nous abordons sous différentes coutures mais surtout dans son double sens : ville vulnérable d’un côté et ville affective de l’autre ; ville fragile et ville sensorielle, ville du risque et ville imaginative. Notre pan conceptuel est de suggérer que ces deux registres du sensible, pour des raisons et selon des modalités différentes, sont producteurs de créativité et d’inventivité. Le sensible vient augmenter subtilement la notion de ville durable. Un manifeste que nous défendons à travers des formes et formats très variés.
En quoi l’art et les artistes contribuent-ils à penser (et à panser) la ville autrement que les sciences humaines et sociales que vous mobilisez aussi pendant ces rencontres ?
Les artistes ont indubitablement un sixième sens qui s’inscrit en quinconce de la rationalité et du normatif. Plus spécifiquement, les artistes urbains délivrent des lectures inédites d’un espace, d’un contexte ; à la fois voyants, voyeurs, voyous. Leurs modes opératoires, le repérage en particulier, sont source de diagnostics d’une nouvelle ère, où le subjectif entre en ligne de compte. Leur talent urbain est de savoir mixer des valeurs et des caractères hétérogènes, des DJ en quelque sorte, des Ville-J.
L’artiste qui travaille sur les légendes urbaines, par exemple, sait construire un propos métaphorique pour mettre une ville en récit. Celui qui travaille sur le point de vue sait débusquer des qualités invisibles à l’œil nu, etc.
Je suis persuadée, depuis toujours, que les obsessions artistiques ont à dire à la ville. Elles participent, à leurs façons, à désigner les lieux et attitudes de la modernité. l
Propos recueillis par Thierry Paquot.