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n° 350 Sept.-Oct. 2006
New York

Voir aussi

n° 362
Sept.-Oct. 2008
Pour une économie politique des villes
 

New York

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New York chantiers
(in extenso)
Par Rosemary Wakeman et Thierry Paquot

Article indisponible.
 
Bronx Terminal Market
Par Susan Fainstein
Traduction : Annie Zimmermann

En février 2006, le New York City Council a approuvé la révision de zonage d’un terrain industriel situé dans le South Bronx et appartenant à la Ville. Avec pour objectif de permettre à la Related Companies, le plus grand développeur spéculatif de New York, de construire un ensemble commercial de type suburbain d’environ 93 000 m2 sur ce site où se trouvait depuis plus de quatre-vingts ans le marché de gros du Bronx Terminal. Susan Fainstein, professor of Urban Planning, Graduate School of Design, Harvard University, s’interroge sur les conséquences sociales d’une telle opération.

 
Crédit photo : D.R.
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Atlantic Yards
Par Laura Wolf-Powers
Traduction : Annie Zimmermann

En décembre 2003, en compagnie de l’architecte Frank Gehry, Bruce Ratner de Forest City Ratner Companies (FCRC) a proposé le projet d’un gigantesque aménagement mixte couvrant et longeant une gare de triage située à la limite du downtown de Brooklyn – depuis le croisement des Atlantic et Flatbush Avenues et s’étendant entre Atlantic Street et Dean Street. Ce projet nommé Atlantic Yards était fondé sur la création d’un stade de basket professionnel intégrant l’équipe locale des Brooklyn Nets. Mais ce stade n’était aux yeux de beaucoup qu’un simple prétexte. C’est ce qu’explique Laura Wolf-Powers, professeur assistant et Chair Graduate Center for Planning and the Environment, Pratt Institute, car, derrière l’équipement, Ratner envisageait des tours géantes de 4 500 logements, 186 000 m2 de bureaux, 27 900 m2 de commerces et 3 000 nouvelles places de parking, ce qui est une autre histoire...

 
Crédit photo : Gehry Partners
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Far West Side : la dernière frontière de Manhattan Midtown
Par Jeremy Soffin
Traduction : Annie Zimmermann

Depuis de nombreuses décennies, le Far West Side de Manhattan est considéré comme le site logique d’expansion de Midtown, le plus grand quartier central d’affaires de l’Amérique du Nord. D’ambitieux plans de réaménagement élaborés au fil des années n’ont pas abouti en raison de récessions, de crises budgétaires et de la décourageante série d’infrastructures désuètes présentes sur le site. Toutefois, ces dernières années, la relance du développement régional et la raréfaction des sols constructibles à Manhattan ont incité le maire, Michael Bloomberg, à proposer un plan de redéveloppement de ce territoire délimité en gros par la 28e Rue au sud, la 42e Rue au nord, l’Hudson à l’ouest et la 8e Avenue à l’est. Jeremy Soffin, vice-president for Public Affairs, Regional Plan Association, décrit ce projet d’un quartier mixte qui comporterait majoritairement des bureaux mais aussi une part significative de logements, de commerces et d’espaces dédiés à des activités de loisirs.

 
Crédit photo : Regional Plan Association
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Reconstruire Lower Manhattan
Par Mitchell L. Moss
Traduction : Annie Zimmermann

Depuis plus d’un demi-siècle, Lower Manhattan connaît des transformations radicales de l’utilisation de ses sols, et son rôle dans l’économie new-yorkaise s’en trouve modifié. Ce secteur, situé au sud de Canal Street, est le troisième centre d’affaires du pays avec 8 360 000 m2 de surfaces de bureaux, mais 40 % d’entre elles ont été réalisées avant la Seconde Guerre mondiale et ne sont plus adaptées aux activités contemporaines. Aussi les sociétés de gardiennage, les banques, cabinets juridiques et compagnies d’assurance l’ont-ils déserté pour se réimplanter dans le Midtown Manhattan, où ils ont trouvé des tours de bureaux récentes et plus proches des réseaux de transport desservant les banlieues. À présent, Lower Manhattan compte moins d’un quart de la superficie totale des espaces de bureaux new-yorkais, et ses nouveaux immeubles de bureaux sont désormais concentrés à Battery Park, au bord de l’Hudson, ou dans Water Street, à proximité de l’East River. Mitchell L. Moss, Henry Hart Rice professor of Urban Policy and Planning, Robert F. Wagner Graduate School of Public Service, New York University, explicite l’avenir de ce secteur.

 
Crédit photo : Courtesy of the LMDC
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La High Line
Par Meera Subramanian
Traduction : Annie Zimmermann

Nul ne s’attendait à ce que le slogan “Keep it simple, keep it slow, keep it quiet, keep it wild” s’applique à un projet d’aménagement new-yorkais. C’est pourtant ce principe qui a sous-tendu la conception du projet de réhabilitation d’une voie ferrée aérienne désaffectée, la High Line : il s’agit de transformer une ruine abandonnée de l’époque industrielle en un équipement public spécifique, bien connu des Parisiens. Meera Subramanian, journaliste, nous fait découvrir cette future promenade plantée.

 
Crédit photo : METLTMSuard
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Un tramway sur la 42e Rue ?
par Rosemary Wakeman
Traduction : Annie Zimmermann

Alors que la plupart des villes américaines ont été redessinées pour la voiture, New York demeure à l’échelle du piéton. Les transports publics y sont beaucoup plus fréquentés que dans n’importe quelle autre ville des États-Unis. Environ 85 % des voyageurs pendulaires arrivent à proximité du centre de Manhattan en train, en bus ou en ferry, et la plupart poursuivent jusqu’à leur destination à pied ou en empruntant les moyens de transport locaux. Pourtant, très peu d’équipements visant à améliorer le transport en surface ont été réalisés au cours des cinquante dernières années. État des lieux et projets, par Rosemary Wakeman, historienne à la Fordham University, New York.

 
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New York : signes particuliers
Par Alex Marshall
Traduction : Annie Zimmermann

Pour bien comprendre New York, il est judicieux de regarder au-delà de la presqu’île de Manhattan et de sa forêt de gratte-ciel, et de la voir telle qu’elle est : le moteur principal d’une centrale économique qui alimente trois États – le New Jersey, New York et le Connecticut – et regroupe quelque 20 millions de personnes. Pour changer de métaphore, Manhattan est la reine des abeilles d’une ruche vrombissante aspirant des travailleurs et des ressources d’autres provenances, et entretenant des industries qui semblent a priori déconnectées, comme le pharmaceutique dans le New Jersey et les assurances dans le Connecticut. Et, quand la région grandit, le ville en son cœur grandit également. C’est ce que nous expose Alex Marshall, journaliste, Senior Fellow at the Regional Plan Association, NY.

 
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La puissance de la société civile
Par Luc Journé

Les nouveaux projets d’aménagement à New York illustrent bien deux caractéristiques à la fois contradictoires et complémentaires du processus politique qui préside à leur élaboration : la collaboration étroite entre élus et promoteurs privés d’une part, et l’importance du rôle de la société civile de l’autre. Quels sont les pouvoirs respectifs des uns et des autres, et comment s’équilibrent-ils ? Analyse de Luc Journé, doctorant à Paris 4-Sorbonne.

 
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New York, zéro insécurité ?
(in extenso)
Par Sophie Body-Gendrot

Les temps incertains exigent des analyses non conventionnelles. L’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001 a obligé à repenser la question de la sécurité dans les grandes villes américaines et à prendre en compte de nouveaux dangers émergents et indéterminés dans les registres habituels des risques encourus. Cet exposé de Sophie Body-Gendrot, politologue, examine tour à tour la réaction de New York face au terrorisme et face à la criminalité dans les quartiers sensibles.

Deux affiches de film pourraient illustrer cette évolution des attitudes : celle de Batman Begins, où l’on voit deux tours noires en contre-plongée sous un ciel obscurci et menaçant, et celle de Batman Returns, où, au contraire, le héros conquérant contemple un ciel sans nuages.
Le danger, on le sait, n’a pas de dimensions prédéfinies que les analystes ajusteraient à toute situation nouvelle. Les menaces de terrorisme brouillent les distinctions et les catégories d’analyse familières . “Tout peut se présenter comme un risque ; tout dépend de la manière dont le danger est analysé et l’événement examiné. Comme aurait pu le dire Kant, la catégorie ‘risque’ est une catégorie destinée à l’entendement, ce n’est ni par la sensibilité ni par l’intuition qu’elle s’appréhende” . Elle dépend d’une interprétation à la fois subjective et objective : tous les risques ne sont pas égaux et tous les risques ne sont pas perçus comme des dangers.
Sur ce point, le 11 septembre a déclenché des réactions fort différentes à New York et à Paris, qui, depuis plusieurs décennies, avait tiré des leçons des attaques terroristes qui l’avaient frappé. La volonté de la Maison Blanche de faire de la sécurité la question majeure de sa politique intérieure et de lui donner une ampleur inégalée en termes de communication a eu un impact à New York, mais, comme on le verra, les New-Yorkais ont déjoué les anticipations des stratèges fédéraux. Cet essai est fondé sur le résultat de trois mois d’entretiens avec des spécialistes de ces questions, à New York en 2004, à Paris ensuite.


Des divergences rhétoriques et politiques consécutives au 11 septembre
Si le nombre élevé de victimes de l’attentat à New York – environ 3 000 morts – ne se compare pas aux millions de pertes humaines provoquées par les guerres civiles, les désastres naturels, les famines, les accidents automobiles, etc., c’est néanmoins par une rhétorique guerrière qu’a réagi le président Bush quelques heures après les événements, éclipsant de ce fait la guerre contre la criminalité et la guerre contre la drogue déclenchées précédemment dans les villes américaines. Dès lors, ainsi que l’observe Jürgen Habermas, “des signaux continus ont incité les citoyens à être en ‘alerte’, nourrissant de ce fait un sentiment d’anxiété diffus, sans objet et répondant aux souhaits des terroristes” . La communication politique de la Maison Blanche a convoqué une altérité dangereuse et subversive, une “cinquième colonne” dans l’énonciation du danger . La culture du soupçon, celle du secret, et la mobilisation des citoyens appelés à agir comme des délateurs sont allés à l’encontre des traditions civiques permettant à des citoyens très divers de vivre ensemble. À New York, du jour au lendemain, il a été interdit aux taxis de stationner à l’entrée des immeubles renommés, les livreurs ont renoncé à se rendre jusqu’aux bureaux et les visiteurs n’ont plus eu accès aux vues panoramiques en hauteur.
Le gouvernement fédéral a exigé que tout soit mis en œuvre pour surveiller l’espace urbain (on a vu des milliers de policiers armés de fusils-mitrailleurs patrouiller dans les rues), protéger les lieux et les infrastructures sensibles (la statue de la Liberté, le pont de Brooklyn, les réservoirs d’eau potable, la Bourse de New York, etc.) et traquer les réseaux terroristes. Cette dernière stratégie a appelé à la mise en place d’un système de surveillance de catégories et de quartiers “à risques”, c’est-à-dire à la centralisation – justifiée par temps de “guerre” – d’un assemblage de processus jusqu’alors dispersés. Après “9/11”, des gens ont su qu’ils pouvaient être dénoncés ou arrêtés non pour des actes commis mais simplement pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire des individus perçus comme des risques.
Or, cette intrusion de technologies de surveillance, d’identification et d’intelligence dans la société new-yorkaise n’est pas un gage d’efficacité (on peut toujours entrer avec une mitraillette à la Public Library sans être fouillé) et elle a été réadaptée en fonction de la culture locale. Il n’est pas étonnant, au vu de l’histoire de la ville, que la capacité de résistance aux diktats imposés par l’appareil sécuritaire fédéral se soit manifestée. Tout d’abord, la personnalité du maire Michael Bloomberg, certes républicain mais à l’écoute d’une ville démocrate, a contribué à ce que la ville continue à vivre à sa manière. Ensuite, la police locale, forte de 36 000 hommes et à la compétence mondialement reconnue, après s’être heurtée à maints refus dans sa demande d’accès à des documents fédéraux classés, a mené ses propres stratégies à sa façon. Les cotes d’alerte orange ou rouge ont été nonchalamment prises en compte par les équipes policières à New York et dans le New Jersey.
De plus, ce n’était pas la création d’un mammouth administratif appelé Homeland Security qui allait améliorer la communication entre les services. La fragmentation, les rituels de méfiance et l’absence de coordination ont continué à régner, même si des personnages passant du FBI ou de la CIA au New York Police Department ou au New Jersey Police Department ont pu parfois faciliter l’intelligence entre les cultures. D’aucuns louent ce “pluralisme” et y voient les conditions d’une cité plus démocratique et moins “monarchique” que ne l’est, par exemple, Paris, soumis à un préfet de police au sommet d’une pyramide de services coordonnés (du moins sur le papier) par un État tutélaire.
Enfin et surtout, comme par le passé et en dépit du drame du 11 septembre, la résilience des New-Yorkais s’est exprimée, et ils ont trouvé dans leurs répertoires les solutions les plus adaptées à leur épreuve. Comme les Madrilènes et les Londoniens, ils ont tout d’abord refusé de céder à la panique en dépit de l’anticipation d’attaques, de risques, de dangers diffus. 60 % d’entre eux, à l’image des autres Américains, n’ont en rien modifié leur mode de vie ni leurs déplacements. Tels des personnages de films de Paul Auster et de Wayne Wang, la plupart ont modestement uni leurs forces et retroussé leurs manches, malgré leurs différences et leurs exaspérations. Un capital de sympathie entre personnes ne se connaissant pas a réuni les uns et les autres dans les rues, forums et autres lieux publics. La criminalité a soudainement baissé.
Quand une panne d’électricité avait frappé la ville au cours de l’été 2003, on se souvient que les gens avaient continué leurs trajets à pied et, quand la nuit était tombée, les fêtes de rue et une atmosphère de convivialité avaient prévalu sur les pillages que favorise généralement l’obscurité prolongée. On ne peut s’empêcher de penser à nouveau à Jane Jacobs et à sa célébration de la rue, en prenant conscience du sentiment de résilience et de sécurité qu’éprouve la foule new-yorkaise dans un espace public partagé. On rapporte – mais peut-être est-ce une histoire new-yorkaise – que lorsque les Angeleños avaient voulu célébrer une victoire sportive il y a quelques années, ils avaient vainement cherché une 5e Avenue ou un Central Park. Un grand parking ferait-il l’affaire ? Une rue de Disneyland ? À New York, l’extrême attention mutuelle et les talents subtils que déploient les gens pour déceler les intentions collectives des uns et des autres s’imposent comme l’une des meilleures co-productions de sécurité possibles. Certes, la seule proximité n’est pas nécessairement synonyme de solidarité sociale et les nouveaux paradigmes de surveillance posent autant de problèmes qu’ils apportent de solutions. Mais, depuis que la baisse de la criminalité a redonné aux New-Yorkais des rues sûres, la prise de conscience que la sécurité est un bien public fragile s’est imposée.


Criminalité et délinquance zéro
Le lien entre lutte anti-terroriste et lutte anti-délinquance tient à la compétence des policiers locaux et de leurs états-majors, à leur réalisme pragmatique et à leur excellente connaissance des rues de la ville et de leur environnement social. Le maillage des immeubles de la ville, classés selon les risques qu’ils présentent, appelle des protections établies en fonction de la sensibilité de la cible. Certes, les policiers publics et privés ne minimisent pas les risques présentés par les réseaux dormants ou par les kamikazes, et ils ne vont pas se priver de l’aide des nouvelles technologies de surveillance, mais ils soulignent dans les entretiens que, si de tels réseaux sont transnationaux, leurs cibles et les symboles matériels qu’ils visent, eux, se situent concrètement dans des espaces publics donnés. Il est donc légitime de s’en tenir autant au savoir-faire routinier de policiers aguerris qu’aux nouvelles technologies de surveillance. Que les policiers reçoivent l’image d’un immeuble suspect via Interpol ou qu’ils soient mis au courant par leurs informateurs habituels, c’est leur compétence qui est mobilisée pour ramener la sécurité dans la ville. De même, quand ils cultivent des liens avec des associations locales de défense des Arabo-Musulmans, leur démarche est tout aussi utile pour lutter contre le terrorisme que contre des gangs ou des suprémacistes blancs.
Le retour à des rues sûres, au cours des dix dernières années, a été spectaculaire à New York. Le taux d’homicides est passé de 29 pour 100 000 (2 269 meurtres en 1991) à 6 pour 100 000 (moins de 600 meurtres en 2005). Et, outre les homicides, les autres délits graves ont également décliné dans les cinq grands quartiers de la ville.
Il serait naïf d’attribuer ce succès à la “tolérance zéro” pratiquée par la police pendant les mandats de Rudolph Giuliani ou aux seuls taux d’incarcération. Dans d’autres villes telles que Boston ou San Diego, la criminalité a également baissé sans “tolérance zéro”. Les criminologues s’attachent aux fluctuations sur le long terme : au cours des quarante dernières années, les trois pics de violence sont liés à trois épidémies de drogue et aux règlements de comptes par armes à feu qu’elles ont suscités. De plus, la tolérance zéro a eu des effets négatifs. La stigmatisation qu’elle a générée à l’encontre des quartiers pauvres peuplés de familles latinos et afro-américaines a exaspéré le fonctionnement d’une démocratie urbaine “disjointe” et il a fallu le choc du 11 septembre pour redonner un sens d’unité aux habitants de la ville.
En outre, en 2003, un décret de la justice de l’État de New York interdisant à la police de voie publique de recourir au profilage ethnique a allégé cette stigmatisation. Une enquête relative aux pratiques policières menées par le procureur fédéral M. J. White confirmait en effet celle du procureur de l’État de New York, Eliot Spitzer : la moitié des personnes arrêtées par les équipes policières étaient des Afro-Américains (25 % de la population new-yorkaise), le tiers étaient des Latinos (25 % de la population) et seulement 13 % étaient des Blancs (43 % de la population). La ville a accepté de dépenser plus d’un million et demi de dollars pour que tous les procès verbaux soient désormais enregistrés à des fins d’analyse ethno-raciale.
L’amélioration de la sécurité dans les quartiers précarisés dépend aussi de la nouvelle mixité sociale qui s’est développée au cours des années 1990 à l’initiative des pouvoirs publics, des investisseurs privés et des associations. Comme l’a observé J. Fagan, dans des quartiers du Bronx et de Brooklyn, l’accession à la propriété a entraîné de nouvelles attitudes de respect envers la loi. Motivés par la valeur de leur bien, les nouveaux propriétaires ont accordé plus de légitimité aux institutions et se sont impliqués davantage dans la sécurisation de leur quartier. On objectera que de telles attitudes peuvent être anti-démocratiques. Soit. Mais, même là où 80 % des habitants sont locataires de logements sociaux, des améliorations se sont produites en fonction des moyens mis en œuvre par l’État fédéral et la ville pour éradiquer la drogue et appeler à la participation des locataires.


En conclusion, penser que New York est redevenue une ville sûre pour satisfaire le capital financier mondial serait réducteur. Après chaque grande épreuve, tous les types de réaction s’expriment, de l’intention de fuite des entreprises à la solidarité de celles qui restent, de la sanctuarisation des sans-papiers aux demandes de protection. Dans les temps de crise, la religion civique cimente la population new-yorkaise et adoucit par les initiatives associatives ce que la répression pourrait avoir d’insupportable. Mais, pour que les habitants surmontent leurs ambivalences par rapport aux engagements collectifs, il faut un fonds commun de convictions, d’évidences culturelles et d’attentes mutuelles, lesquelles, en d’autres termes, par sédimentation, constituent l’espace public. L’espace public symbolise un sentiment d’appartenance des uns et des autres à une entité politique plus vaste, à travers une “architecture d’empathie”. En ce sens, la sécurité est l’instrument le plus nécessaire à la mise en œuvre de la liberté.

 
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Le maire et les médias
Par Elody Rustracci

Pourquoi un homme politique des plus en vue, Michael Bloomberg, maire de New York, reste-t-il si peu médiatique ? S'agit-il d'une stratégie de communication ou d'une réelle discrétion ? Enquête d’Elody Rustarucci, doctorante à Paris 4-Sorbonne.

 
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L’espace public : expression des divisions
Par Sharon Zukin
Traduction : Annie Zimmermann

Depuis l’attaque terroriste du World Trade Center le 11 septembre 2001, l’espace public new-yorkais s’est trouvé investi d’une extraordinaire charge politique. Les rues, les parcs, les métros sont plus fréquentés que jamais, mais également sujets à une plus forte surveillance de la part des autorités. Sharon Zukin, sociologue, examine les contradictions non résolues entre usages et territoires. Notamment dans deux espaces publics de Lower Manhattan qui suscitent des controverses : Union Square Park, où les cyclistes et beaucoup d’autres New-Yorkais découvrent le sens d’une vraie communauté, et le site même du World Trade Center, où les plans de reconstruction du gouvernement restreignent la démocratie plutôt qu’ils ne la défendent. Actuellement, ces deux espaces publics représentent les deux faces opposées du corps politique américain.

 
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Les galeries d’art contemporain à Manhattan
Par Sébastien Delot

La ville de New York, capitale mondiale de l’art, rassemble à elle seule le plus grand nombre de galeries d’art contemporain des États-Unis. Actuellement, on en compte plus de 600 à Manhattan. Ces lieux sont de véritables marqueurs des évolutions de la ville. Comme le souligne le sociologue Laurent Wolf, “chaque métropole artistique a ses espaces sociaux et urbains où sont fixés ses mondes de l’art”, que nous présente Sébastien Delot, doctorant à Paris 4-Sorbonne.

 
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Promenade guidée dans quelques “parcs” new-yorkais
Par Michèle Jolé

“New-York, mai 2006. Court séjour d’études. Sujet ? Les parcs. Recherches bibliographiques, contacts avec les auteurs d’ouvrages sur le sujet comme William Kornblum ou Setha Low, enseignants-chercheurs à Cuny, des chargés d’études de PPS (Project for Public Place), ou d’autres encore à découvrir. Cette perspective gagna en grandeur et en émoi (et certes en difficulté) à partir du moment où Thierry Paquot me proposa d’écrire un ‘papier’ pour le dossier ‘New York en chantiers’, vu à travers ses parcs.” Michèle Jolé, sociologue IUP-Paris 12.

 
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Fenêtres de Manhattan
Par Olivier Mongin

La plupart des villes trouvent dans le romancier un allié subjectif. Dans le cas de New York, celui-ci est passionné, il ne peut décrire, apprécier, divaguer qu’impulsé par le désir de comprendre l’incompréhensible, à savoir une ville aux visages sans cesse changeants. C’est pourquoi il lui faut ouvrir toutes les fenêtres, ce qu’apprécie Olivier Mongin, philosophe, directeur de la revue Esprit, en lisant et commentant le roman-enquête-journal de bord d’Antonio Muñoz Molina

 
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New York romanesque
Par Pauline Lescar

Si l’on voulait classer les romans contemporains dans lesquels New York joue un rôle déterminant, on pourrait établir trois catégories empiétant à l’occasion l’une sur l’autre. Les romans du passé tout d’abord, à la fois romans policiers historiques et romans de l’immigration, qui donnent à voir un New York figé dans son évolution, comme des diapositives d’un temps maîtrisé en dépit des menaces qui peuvent peser sur la ville et ses habitants. Ensuite, les romans de la brisure de la ville et de sa réécriture, liés au traumatisme du 11 septembre. Enfin, les romans du temps présent, plus ou moins satiriques et plus ou moins cocasses, qui décrivent ou stigmatisent certains comportements stéréotypés dans certains quartiers particuliers de la ville. Présentation de Pauline Lescar, agrégée d'anglais, docteur ès lettres.

 
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New York sur grand écran
Par Sophie Body-Gendrot, politologue

Pourquoi, dès que l’on évoque New York, ne peut-on faire abstraction des images que les grands metteurs en scène ont fabriquées pour nous ? Pourquoi les strates, les fragments, les souvenirs de films s’interposent-ils entre notre regard sur un parc, une rue, une nuit, un automne à New York et l’impression qui s’imprime en nous ? Toute une alchimie se crée à partir des lieux symboliques de la ville rêvée ; des personnages de films, des rues, des taxis jaunes, tels des filtres posés sur la vie réelle. Selon Jean Baudrillard, “la ville américaine semble issue vivante” du cinéma. Il ne faut donc pas aller de la ville à l’écran mais de l’écran à la ville pour en saisir le secret, comme nous y incite Sophie Body-Gendrot, politologue.

 
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