N°370
Janvier | Février | 2010
Petits riens urbains
Michel Agier
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Dossier/ Petits riens urbains
Analyses

* Professeur à l’Institut de géographie, Université de Neuchâtel, Suisse.
Observer
Ola Söderström *
On peut partir du postulat que l’ordinaire est intéressant en soi et documenter sans fin les tactiques du quotidien urbain : déplier leur complexité et s’émerveiller devant les capacités d’improvisation des usagers de la ville. Mais comment rendre l’intéressant important, ou, autrement dit, dans quel projet de connaissance faut-il inscrire l’étude de l’ordinaire urbain ? Pour cela, je propose un petit exercice rétro-prospectif qui consiste à examiner d’abord ce dont nous disposons en stock du côté de la recherche urbaine sur la question, et à définir ensuite la manière de faire fructifier cet héritage.

* Ethnographe de l’urbain.
Regarder
Michèle Jolé *
Les vieilles dames aiment les fenêtres. Le monde leur advient. Certaines fenêtres s’y prêtent mieux que d’autres. Le pan coupé du vieux et bon immeuble parisien leur donne une ouverture marine : chacun y a goûté l’infini de la ville et les ressacs répétés de la marée humaine montante. Ce soir, c’est au tour de Margaud. Elle n’a pas deux ans. Elle pénètre dans la pièce, y vaque un certain temps, puis elle découvre l’ouverture ; elle s’y dirige résolument, autant que le lui permettent ses jambes à peine averties ; elle appuie avec délicatesse et sûreté ses mains aux rambardes dessinées ; son regard les traverse ; elle sait qu’elle est aux premières loges ; elle y restera, promue capitaine, tant que son impatience d’un ailleurs la laissera en paix.

* Ethno-sociologue, chercheure associée au Centre Edgar-Morin, Paris, elle a notamment rédigé, avec Pierre Alphandéry, “Territoires en questions”, Ethnologie française, XXXIV, 1, PUF, 2004.
Bonjour/bonsoir
Martine Bergues *
Simple comme un bonjour ? Mais les façons de le dire sont codifiées ; elles varient d’une période historique à l’autre, d’un contexte culturel à l’autre. Apparemment insignifiantes parce que trop évidentes, elles sont pourtant révélatrices de la teneur des relations sociales, notamment de voisinage, qu’elles condensent et résument à la fois.

* Ethnologue, membre du GRECS (Groupe de recherche sur l’exclusion et le contrôle social, Espagne). Elle est notamment l’auteur de La Ciudad, instrucciones de uso ; esbozos barceloneses, Barcelone, publicación on-line de l’université de Barcelone, 2007, et de La Formación del espacio público en el Casc Antic de Barcelona. Una mirada etnológica, Éd. La Catarata, Madrid, 2002.
Entrer/sortir
Nadja Monnet *
De quelle manière rentrons-nous à la maison ou quittons-nous notre domicile ? Que peut nous enseigner une analyse ethno-spatiale des halls d’entrée d’immeubles? Celui qui franchit le seuil d’une porte d’entrée se retrouve physiquement et symboliquement dans une situation spéciale pendant un certain temps : il est entre deux mondes.

* Anthropologue, université de Lyon, ENS-LSH (École normale supérieure de lettres et sciences humaines).
Marcher
Yves Winkin *
Marcher dans la ville, c’est souvent aussi attendre. Attendre au feu rouge, attendre un bus, un rendez-vous. C’est également observer. Ceux qui vous croisent, à pied, en rollers, à vélo, en voiture. Les classer psychologiquement et socialement, évaluer leur dangerosité. Observer les “alentours”, de manière tantôt fugace, presque inconsciente, tantôt appuyée, comme le doigt sur le déclencheur de l’appareil photo.

* Urbaniste consultante et enseignante à l’école d’architecture Paris-La Villette.
Se garer
Dominique Lefrançois *

* Philosophe, enseignante à l’École d’architecture de Paris-La Villette, responsable du Gerfau.
Téléphoner
Chris Younès *
Le téléphone devenu “portable”, personnalisable comme un accessoire ou une extension du corps, a envahi le quotidien. Il est devenu un phénomène anthropologique d’importance. Ce qui amène à questionner les dislocations et les distemporalités d’une téléprésence et d’une télésociété : être ici et à distance sans y être.

* Ethnologue, maître de conférences, université Paris-Sorbonne/Celsa, chercheure associée au Laios/Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain, EHESS-CNRS.
Pique-niquer
Emmanuelle Lallement *

* Anthropologue, auteur notamment de Habiter la maison individuelle. La Rochelle, éd. du CAUE, 2008.
Cuisiner
Pascale Legué *
Siester
Par Thierry Paquot

* Professeur associé à Sciences-Po (master d’urbanisme).

1/
Pour un panorama plus général, cf. Julien Damon, “Les toilettes publiques. Un droit à mieux aménager”, Droit social, n° 1, 2009, pp. 103-110.
Uriner
Julien Damon *
Saugrenue et insolite, mais aussi concrète et incarnée, la question des toilettes publiques relève du droit et de l’aménagement des espaces publics. Si des progrès ont été enregistrés ces dernières années, notamment en ce qui concerne la gratuité des services parisiens, le sujet n’en reste pas moins grave, révélateur d’inégalités manifestes, en France comme dans le monde entier /1.

* Doctorant.
Skater
Julien Glauser *