Patrice Vergriete : Construire des compromis démocratiques

L’interview de Patrice Vergriete lors de la 41e Rencontre des agences d’urbanisme

Patrice Vergriete est président de la Communauté urbaine de Dunkerque, maire de Dunkerque et président délégué de la Fnau.

Dans votre intervention, lors de la 41e Rencontre des agences d’urbanisme, vous avez insisté sur le double caractère « durable et démocratique » des villes futures. Comment convaincre les habitants de cette nécessité ?

Patrice VergrieteLe modèle de ville durable que nous souhaitons en France et en Europe – car c’est un modèle européen – revendique son caractère démocratique. Or il est possible de faire des villes durables, avec un régime autoritaire ou une dictature. Il suffit de posséder les technologies et les capacités financières. Dans notre modèle, il faut respecter la démocratie et convaincre les gens. C’est plus difficile. Je le vois dans le débat public sur l’éolien offshore à Dunkerque. Beaucoup d’habitants n’ont pas encore compris la nécessité de la transition énergétique. Car celle-ci implique des transformations de leur vie quotidienne, de leurs repères, d’éléments identitaires comme une plage. Il faut donner envie, construire un récit, raconter une histoire…
Les composantes d’une ville durable s’imposent plus facilement dans les politiques mises en œuvre par les agglomérations que dans la tête des populations. Pourquoi ? D’abord, parce que ces politiques publiques sont en fait portées par des intercommunalités qui ne sont pas élues au suffrage universel. Il n’y a donc pas de débat démocratique entre les structures qui portent le projet et les populations. D’où un problème de légitimité.
De manière plus générale, on le voit avec la crise sanitaire, il y a un problème de légitimité des élus, en particulier nationaux. Les réseaux sociaux instillent le doute et n’ouvrent pas le champ du débat, car ils enferment les gens dans leurs croyances. Par la rencontre imprévue avec des personnes différentes, la société urbaine génère, elle, de la diversité d’opinions. Et elle contribue à la construction de compromis démocratiques, alors que les réseaux sociaux renforcent les points de vue les plus radicaux, entraînant les gens dans des mondes parallèles.
Les élus locaux portent un discours qui reste audible des citoyens. Des initiatives s’inventent par le biais de la démocratie locale, qui permet, comme à Dunkerque, un vote local sur la place de la voiture. Et les bus gratuits sont une manière de rendre désirable la ville durable. Ce n’est pas par la coercition ou des leçons de morale, mais par un gain de pouvoir d’achat que l’on peut convaincre les couches populaires d’adhérer au développement durable.

C’est un combat de tous les jours pour embarquer la population.

Le principal défi de la ville durable n’est pas technique, il est politique, il est démocratique !

 

Quel rôle peuvent jouer les agences d’urbanisme dans cette perspective ?

Patrice Vergriete/ Elles ont toute leur place dans l’éducation populaire comme dans ce lieu, la Halle aux sucres, que nous avons créé à Dunkerque pour diffuser la culture de la ville durable. Comme les chercheurs, les agences doivent s’exprimer, ne pas laisser les élus tout seuls, pour redonner du sens, ramener un peu de raison dans ce monde. Car, pour mener des politiques publiques, les élus ont besoin d’un socle de logos, un socle d’objectivités. C’est la condition pour bâtir une démocratie moderne, raisonnable et raisonnée. Sinon, c’est le règne de gens comme Trump.
L’autre rôle des agences est vis-à-vis des acteurs qui interviennent sur le territoire. Il n’y a pas que les collectivités. À Dunkerque, nous avons le port autonome, les énergéticiens, les industriels… L’enjeu est de les amener à une vision commune du devenir du territoire. Comme l’agence est une association, elle permet aux acteurs de se connaître entre eux et de partager une même vision.
L’agence a également contribué au rapprochement des points de vue entre urbains et ruraux, à l’élaboration de compromis acceptables. Si nous n’avons eu pas eu de conflit urbains/ruraux dans l’agglomération dunkerquoise, c’est grâce à l’agence qui a su fédérer l’ensemble des collectivités.

Antoine Loubière

Photo : Patrice Vergriete © Pierre Volot

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