
Lloyd Lee Choi
KMBO, actuellement en salle
Un sentiment d’inconfort familier s’insinue dès les premières scènes : New York défile à la vitesse fulgurante d’un vélo électrique, l’angoisse d’un accident imminent pèse comme une menace sourde, les déjeuners sautés dans la course effrénée, le froid qui harcèle sans relâche et les jours s’étirant en une éternité épuisante. À en juger par ces premiers tableaux, on jurerait parcourir à nouveau le boulevard de La Chapelle dans le très remarqué film de Boris Lojkine, L’Histoire de Souleymane. Sorti en 2024, il faisait le récit de la précarité d’un livreur sans papiers et révélait Abou Sangaré, couronné aux César la même année.
Le dernier film du réalisateur Lloyd Lee Choi s’inscrit ainsi dans cette veine sociale, témoignant à son tour du quotidien d’un livreur de repas – cette fois muni d’un titre de séjour, mais confronté à une insertion sociale douloureuse et incertaine. « Ils sont devenus omniprésents dans le paysage urbain, tout comme les taxis jaunes. Ils sont constamment autour de nous, de jour comme de nuit, et ce qui m’a intrigué, c’est la vie qu’ils mènent pendant leurs heures de travail, mais aussi en dehors », confie le réalisateur.
Arrivé aux États-Unis cinq ans plus tôt, Lucky Lu (titre original du film), la quarantaine, voit s’éloigner ses espoirs de rêve américain, alors que le restaurant dans lequel il a placé toutes ses économies met la clé sous la porte. Tandis que le sort semble s’acharner : vol de vélo, escroquerie immobilière, sa femme et sa fille foulent pour la première fois le sol états-unien. L’homme aux traits burinés, marqué par la maigreur, est contraint de commettre de petits larcins, au détriment de compagnons tout aussi démunis.
New York apparaît ainsi âpre et rugueuse, bitume déformé et enseignes négligées. La densité est étouffante, les klaxons lancinants : le réalisateur parvient à plonger le spectateur dans une urbanité implacable, presque repoussante. Dans ce quotidien douloureux, la présence de sa jeune enfant apporte une douceur salvatrice. Avec son regard malicieux, un Polaroid à la main, elle transforme la ville en un récit personnel et offre quelques instants radieux.
Gageons que la récente élection de Zohran Mamdani à la tête de New York, qui a centré sa campagne sur le droit au logement, ouvrira un horizon plus lumineux pour les petites mains de la grande ville.
Maider Darricau





