Devenir des professionnel-les de la politique
Marie Acabo et Sébastien Michon
[Éditions du Croquant, 2025, 222 pages, 20 euros]
Lors des élections municipales de 2020 qui s’étaient déroulées dans un contexte national inédit (avec la crise sanitaire et le confinement général, qui a espacé les deux tours de trois mois), l’arrivée au pouvoir dans plusieurs grandes villes françaises (Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers, Annecy) des écologistes, souvent associés à des acteurs de la société civile au sein de listes dites citoyennes, a été sans doute l’évènement politique le plus important en termes de sociologie électorale.
Au terme de leurs mandats, alors que les élections municipales de 2026 sonnent comme l’heure du verdict pour ces nouveaux élus – seule la ville de Grenoble présentait un maire écologiste sortant en 2020, qui avait été alors réélu –, l’enquête sociologique de Marie Acabo et Sébastien Michon (respectivement doctorante et directeur de recherche au CNRS) vient à point nommé pour documenter à la fois la conquête puis l’exercice du pouvoir municipal de la liste écologiste et citoyenne victorieuse à Strasbourg il y a six ans.
Avec le recul des années et un nombre important d’entretiens accumulés avec les acteurs politiques, les deux chercheurs du laboratoire Sociétés, acteurs et gouvernement en Europe (SAGE), unité mixte du CNRS et de l’université de Strasbourg, apportent, en effet, un regard très neuf sur le travail concret de ces nouveaux élus, majoritairement novices dans le champ bureaucratique municipal. L’ouvrage démontre en particulier que si l’extériorité au champ politique et administratif d’une partie de ces élus « citoyens » a pu constituer de prime abord une ressource électorale importante (en illustrant le discours du renouvellement), celle-ci s’est dévaluée très rapidement avec l’exercice des responsabilités municipales.
En définitive, loin de s’opposer à la logique de professionnalisation politique au niveau local, ces nouveaux élus ont le plus souvent cherché, non sans difficulté et avec l’appui plus ou moins discret du parti écologiste, à endosser leur nouveau rôle en s’adaptant aux rythmes et aux pratiques de l’action municipale, avec son inertie et ses lourdeurs.
Il s’agit donc d’une recherche importante pour l’analyse de la vie municipale, expliquant en particulier qu’il ne suffit pas (seulement) de changer les élus pour changer la pratique politique.
Damien Augias





