La Biorégion urbaine
Alberto Magnaghi
[Eterotopia France, 2026 (nouvelle édition), 176 pages, 18 euros]
Architecte et urbaniste engagé autant dans la réflexion que l’action, professeur à la Faculté d’architecture de l’université de Florence, Alberto Magnaghi (1941−2023) est le fondateur de l’école territorialiste italienne. La mise en place de multiples dispositifs de recherche-action conventionnés avec des collectivités locales et régionales valide son approche biorégionaliste de la planification territoriale.
Un savoir-faire avéré ainsi que la production théorique qui lui est associée sont la source de La Biorégion urbaine, comme le rappelle en préface l’urbaniste Anna Marson, épouse de Magnaghi et professeure à l’université IUAV de Venise. Cette nouvelle édition bénéficie également d’une introduction de l’écrivaine, essayiste et philosophe Tiziana Villani, qui précise la portée théorique, projectuelle et politique du concept de « biorégion urbaine ».
Retenons de cet ouvrage ses deux concepts phares. À l’origine d’une nouvelle conscience des lieux comme « bien commun », le territoire est conçu « comme un sujet, un organisme vivant de haute complexité produit par la rencontre entre évènements culturels et nature, composé de lieux (ou de régions) dotés d’identité, d’histoire, d’un caractère et d’une structure de longue durée ».
L’analyse des processus de coévolution entre les établissements humains et l’environnement offre un cadre conceptuel performant proposant une relecture de la crise écologique dans une optique territorialiste. Au cœur du livre, un chapitre passionnant situe la définition territorialiste de la « biorégion urbaine » au regard d’autres narratifs biorégionaux. Là réside précisément l’apport de Magnaghi, dans l’adjectif qu’il accole au terme de « biorégion ». La synthèse conceptuelle désigne le levier d’un processus de reterritorialisation, d’une « reconstruction d’institutions d’autogouvernance et de pratiques collectives à caractère communautaire », et d’un « développement local auto-soutenable ».
Ce livre-manifeste expose de manière concluante comment le soin (care) de l’urbanisation contemporaine et « le retour au territoire » passent par une biorégion urbaine qui convainc tant par son narratif conceptuel que par sa mise en œuvre. Magnaghi réconcilie le possible et l’utopie en faisant de cette dernière une « utopie concrète ». Christophe Solioz





