
Pascal Plisson
Jour2Fête
Sur les murs de cette école, une photographie en noir et blanc rappelle qu’en 1954, une trentaine d’enfants occupaient encore la cour de La Gurraz. Aujourd’hui, ils sont huit. Huit élèves, de la moyenne section au CM2, réunis dans une seule salle de classe, à 1 600 m d’altitude, au-dessus de Bourg-Saint-Maurice (Savoie).
Pendant une année scolaire, Pascal Plisson s’installe à leurs côtés. Il filme les leçons qui s’entrecroisent, les plus grands qui donnent un coup de main aux plus petits, les casques antibruit qui permettent de travailler à cinq niveaux en même temps, les arrivées en luge quand la neige ensevelit le village, les devoirs qui tournent au bras de fer entre un père et son fils. Il y a aussi les exposés sur les métiers de la vallée – apiculteur, dameur, charpentier –, la visite de la ferme d’un des élèves. Une accumulation de scènes minuscules qui, mises bout à bout, finissent par raconter le village autant que son école.
La Gurraz est un cas extrême, et les extrêmes ont parfois le mérite de rendre visibles des phénomènes plus vastes. Cette école où l’on compte les élèves un par un renvoie à une réalité que connaissent beaucoup de communes rurales : une classe qui ferme, ce sont souvent des familles qui hésitent à s’installer, un service public qui disparaît, un peu moins de vie au centre du village.
Cette dimension politique, évoquée tout du long, est un fil rouge discret. « Je ne voulais pas faire un film militant ou historique sur la fermeture des écoles rurales. Ce sujet est présent, évidemment, mais ce qui m’intéressait avant tout, c’était le regard des enfants », explique le réalisateur. Face caméra, ils expliquent pourquoi ils cherchent des solutions avec le sérieux de leur âge. « Notre petite école risque de s’arrêter et on n’a pas envie qu’elle ferme », dit l’une d’elles. Pour éviter ça ? « Mettre des garçons pour qu’il y ait plus de bébés à La Gurraz. » Plus tard, un autre assure qu’il travaillerait « de nuit » si cela pouvait empêcher la fermeture.
C’est peut-être là que le documentaire touche juste. Dans cette classe unique, l’entraide ne relève pas d’une méthode pédagogique à la mode. Elle s’impose d’elle-même. Les grands gardent un œil sur les petits, les plus jeunes grandissent en écoutant les leçons des aînés, chacun suit les progrès des autres. À force de vivre ensemble, l’école finit par ressembler au village : un endroit où l’on grandit rarement seul. Lucas Boudier





