
Édouard Bergeon
Jour2Fête, en salle
En quelques semaines, Jérôme Bayle est passé du stade d’agriculteur anonyme au statut de figure médiatique du monde paysan. C’était à l’hiver 2024, au moment du mouvement des agriculteurs, lorsque l’association qu’il dirige, les Ultras de l’A64, organise le blocage de l’autoroute du même nom. On est en Haute-Garonne, dans une région où le concept d’agriculture familiale a encore du sens, sur des exploitations à taille humaine.
Le combat de Jérôme, armoire à glace coiffée d’une casquette Dragon Ball et portant des chemises à fleurs les jours de représentation, prend ses racines dans un profond traumatisme : le suicide de son père, exploitant surendetté. Seul avec sa mère, il a courageusement repris le flambeau et mène depuis ce combat intime : le bien-être des travailleurs et leur juste rémunération.
Édouard Bergeon, à qui l’on doit la fiction Au nom de la Terre (2019), qui traitait déjà du monde agricole, ne s’y est pas trompé en choisissant de tirer le portrait de ce malabar au grand cœur, d’une spontanéité désarmante et d’un franc-parler séduisant jusqu’au sommet de l’État : Emmanuel Macron, Yaël Braun-Pivet, Marine Tondelier, François Ruffin, Gabriel Attal… Tous semblent prendre l’activiste en sympathie et lui prêter une oreille attentive. Attal, alors Premier ministre, fera même le déplacement sur les barricades de l’A64 pour désamorcer la situation.
Tenu pour l’homme qui a fait se déplacer le chef de l’exécutif en Haute-Garonne, Bayle gagne encore en popularité. Les médias en font aussi leur coqueluche, ainsi que le montre une séquence savoureuse de l’agriculteur pris dans un tourbillon d’interviews à même l’asphalte de l’A64 – quand il ne répond pas aux journalistes à bord de son tracteur ou sur le bas-côté d’une départementale.
Mais le combat se livre aussi dans les urnes, lorsque les Ultras de l’A64, association non affiliée aux syndicats traditionnels, se lancent en campagne pour s’emparer de la chambre d’agriculture afin qu’elle soit indépendante et « gérée à 100 % par des agriculteurs ». Lorsqu’il n’est pas sur le ring politico-médiatique, ce bon gros géant est à l’œuvre dans ses champs, chantant des chansons folkloriques ou s’émerveillant d’un vol de palombes au lever du soleil.
Rodolphe Casso





