
Thomas Lacoste
Jour2Fête, en salle
Après Notre monde et L’Hypothèse démocratique, Thomas Lacoste revient avec Soulèvements. Développeur du concept de « Ciné-frontières », qu’il décrit comme un mélange audacieux de plusieurs formes de récits – entretiens, photographies et créations sonores –, Thomas Lacoste signe ici un documentaire qui nous plonge au cœur des Soulèvements de la Terre.
Ce mouvement, né à Notre-Dame-des-Landes, en 2021, s’est retrouvé, deux ans plus tard, au centre d’une tentative de criminalisation massive (le gouvernement avait tenté de faire dissoudre le groupe en l’accusant d’avoir « recours à la violence »). En 2023, pendant que le pouvoir cherche à dissoudre le mouvement, plus de 200 000 personnes s’en revendiquent. Le rapport de force est posé.
À travers les seize récits d’anciens occupants de zones à défendre (ZAD) et des archives en noir et blanc, ce film raconte comment des communautés se politisent, de manière consentie ou malgré elles. Il raconte comment on passe de la défense d’un champ, d’une zone humide, ou d’un bocage, à la remise en cause frontale du modèle agricole et industriel français.
Soulèvements pose une question sans détour : le modèle agricole traditionnel est-il en train de disparaître ? Le remembrement, l’assèchement des zones humides, la mécanisation forcée ont constitué un plan social d’une brutalité inédite. Comme le souligne l’un des protagonistes, ce processus a « transformé les paysans en exploitants, puis en exploités » et relégué l’agriculture paysanne au rang de « réserve d’Indiens » au sein de l’agro-industrie.
Le film se contente d’une certaine linéarité dans la forme, mais sa force réside justement dans sa capacité à faire entendre des voix trop souvent caricaturées. La ZAD, ici, n’est ni fantasmée ni présentée comme une menace, mais décrite comme un laboratoire social, politique et sensible, où se discutent la sécurité sociale alimentaire et de reconnexion aux conditions de production. La bande-son – grenades, sirènes, moteurs – rappelle que le conflit est bien réel. « Il ne s’agit pas d’éco-anxiété, mais d’éco-colère », déclare une des personnes interviewées.
Une colère nourrie par le technosolutionnisme, ce réflexe qui consiste à proposer des solutions techniques à des problèmes que la technique a elle-même créés. Soulèvements est un film traversé par l’espoir, malgré tout. Comme le rappelle l’un des témoins : « Une fois qu’on a chaussé certaines lunettes – féministes, naturalistes –, il devient impossible de les enlever. » Et tant mieux.
Lucas Boudier





