Cartes imaginaires : inventer des mondes

[Jusqu’au 19 juillet 2026]
Bibliothèque François-Mitterrand, Galerie 2
Quai François-Mauriac, 7513 Paris
www.bnf.fr/fr
Pour se rendre à cette exposition, il est intéressant de se référer à la théorie de Thomas Kuhn, développée dans La Structure des révolutions scientifiques en 1962. Il y décrit comment les changements de paradigme scientifiques opèrent de véritables révolutions de la pensée, bouleversant la représentation du monde et la philosophie humaine. C’est précisément au XVIe siècle, avec le passage du géocentrisme – où la Terre immobile est au centre de l’univers – à l’héliocentrisme de Copernic, que l’on voit apparaître progressivement une nouvelle forme de cartographie : le globe. Avant cette révolution, il fut un temps où l’on dessinait les mers peuplées de monstres.
C’est justement dans ces mondes extraordinaires que nous entraînent les commissaires de l’exposition, Julie Garel-Grislin et Cristina Ion, conservatrices au département des Cartes et plans de la BNF. L’exposition, divisée en « quatre escales », présente des archives exceptionnelles, qui ont rarement l’occasion d’être montrées au public.
Dans les mondes inexplorés (I), on découvre le premier atlas de l’histoire, datant de 1595, « Islandia » d’Abraham Ortelius. Autour de cette terre inconnue aux multiples artères, des monstres marins – licornes à queue de poisson et béliers-serpents, créatures hybrides – s’illustrent. Étrange ? Pourtant assez courant : « Jusqu’au XIe siècle, les monstres faisaient partie intégrante de la Création, dont les manifestations insolites n’étaient qu’un signe à déchiffrer. Mais ces créatures remplissent aussi une autre fonction, celle de l’anticipation par l’imaginaire des terres qui restent à explorer. »
Les mondes légendaires (II) nous transportent dans une peuplade d’îles mythiques, comme l’Atlantide et l’Eldorado : « Cette cité d’or obsède les conquistadors et les missionnaires européens qui partent inlassablement à sa recherche en Amérique du Sud. » Les références bibliques abondent à l’époque médiévale, et l’on retrouve le jardin d’Éden en île cernée de feu et de fortifications.
Les mondes littéraires (III) nous emportent sur les traces de Thomas More et Robert Louis Stevenson qui ont fait de la cartographie un élément cardinal de leurs œuvres, respectivement dans L’Utopie (1516) et L’Ile au trésor (1883).
Enfin, l’ultime séquence « Les mondes de la carte » (IV) présente les déclinaisons contemporaines – des satires zoomorphes à la géographie sentimentale – et rappelle que la carte reste un élément puissant de pouvoir et de propagande.
Une traversée spectaculaire du temps et de ses changements de paradigme.
Maider Darricau





