
Laurie Lassalle
Les Alchimistes, actuellement en salle
En 2022, la jeune réalisatrice Laurie Lassalle nous avait cueillis avec son film Boum Boum, documentaire sur les « gilets jaunes », en immersion sur les barricades et dans l’intimité de Pierrot, un activiste fougueux (lire notre recension dans le n° 426, juil.-août 2022, p. 82). Creusant le sillon des contestations sociales, Laurie Lassalle nous emmène cette fois en forêt de Rohanne, au nord de Nantes, dont la plus grande partie se situe sur une certaine commune de Notre-Dame-des-Landes. Vous l’aurez compris, la réalisatrice a posé sa caméra dans la ZAD emblématique, constituée contre la création d’un aéroport à rayonnement international.
Le film commence par une victoire éclatante : l’abandon du projet annoncé par Édouard Philippe, alors Premier ministre. Le pays est déjà suffisamment divisé, explique le locataire de Matignon qui a subi de plein fouet la tornade des « gilets jaunes », inutile d’en rajouter. Mais le combat ne s’arrête pas là. La concession accordée à Vinci pour l’aéroport étant désormais caduque, la puissance publique entend reprendre possession du territoire occupé.
Les zadistes, souvent très jeunes, s’interrogent : comment l’État peut-il garder la face sans faire évacuer la ZAD ? Une question qui va générer beaucoup de discussions sur la marche à suivre. Jusqu’à ce que les gyrophares tournoient dans la nuit, que les clairières se parsèment d’hommes en armure et que des nuages de lacrymos se répandent entre les arbres. Avant que les pelleteuses n’entrent en scène pour mettre à bas des bâtiments érigés collectivement, manuellement, patiemment.
Laurie Lassalle témoigne donc des derniers instants de la ZAD, après dix ans de lutte acharnée et de transmission de savoirs – sur la nature, la faune, la flore, les théories révolutionnaires, la philosophie… La cinéaste, prise au jeu de la contemplation, laisse souvent sa caméra tourner pour capturer le vent dans les arbres, les ondulations d’une mare, le vol nocturne d’une chouette, les louvoiements d’un lézard. On a beaucoup de mal à imaginer ici le ballet des airbus sur le tarmac.
Actuellement, quelque 200 personnes poursuivent des activités paysannes, culturelles, artisanales et politiques sur la ZAD. Au-delà des images, il restera un récit oral, celui de la légende de Notre-Dame-des-Landes, de « la forêt qui se défend », et, par-dessus tout, d’un précédent.
Rodolphe Casso





