
Francesco Sossai
New story, actuellement en salle
En Italie, Carlobianchi (Sergio Romano) et Doriano (Pierpaolo Capovilla) – deux quinquagénaires rincés – sont dans une station-service. L’un d’eux demande à la serveuse pourquoi l’énième bière qu’il vient de boire a un goût bizarre… Elle est sans alcool.
Sur le papier, ça sent le film comique et la nuit qui dérape. Et c’est bien ce que le film de Francesco Sossai laisse d’abord imaginer : une virée un peu bancale, des verres qui s’enchaînent et, au milieu, Giulio (Filippo Scotti), étudiant en architecture embarqué presque malgré lui. Objectif affiché : trouver « le dernier verre ».
En réalité, ils roulent surtout, parlent, s’arrêtent, repartent. Le film avance comme eux : sans trop savoir où il va, mais sans jamais s’arrêter. On passe de bar en bar, de route en route. Rien de spectaculaire, mais une suite de lieux qui finissent par se ressembler – moins un trajet qu’une manière de circuler.
Au détour d’une scène, face à une villa du XVIe siècle condamnée à disparaître sous une autoroute, une question surgit : « Qu’est-ce que ça veut dire le développement du territoire ? » Et cette réponse, presque lâchée en passant : « Aujourd’hui, on crée des infrastructures routières, mais nulle part où aller. »
Dit comme ça, ça pourrait sonner creux, mais dans le film, ça accroche – parce que c’est exactement ce qu’on voit depuis le début du film. Une Vénétie faite de routes, de zones étirées, de bâtiments sans âge, où la « terre » est devenue un « territoire », et où l’on construit encore sans toujours savoir pour quoi faire.
Carlobianchi et Doriano parlent beaucoup, rigolent souvent, évitent un contrôle de police, dorment dans la voiture. Ils ne cherchent pas vraiment à s’en sortir, mais tiennent debout, à leur manière – une énergie cabossée, une façon d’occuper l’espace sans le remplir. À côté, Giulio regarde, écoute, sans trop savoir quoi en faire.
Ni franchement comique, ni déprimant, Le Dernier pour la route ne raconte pas tant une nuit qu’une manière d’être là, à circuler sans plan précis, dans des lieux qui changent plus vite qu’on ne les comprend. Et ce « dernier verre », au fond, ressemble moins à une fin de soirée qu’à une façon de rester encore un peu dehors.
Lucas Boudier





