Arles – Les rencontres de la photographie

© Paul Kodjo
[Jusqu’au 4 octobre 2026]
Multisite 13220 Arles
www.rencontres-arles.com/fr
Chaque été, depuis près de soixante ans, Arles rejoue son rituel : amateurs et professionnels de l’image circulent entre les ruelles écrasées de soleil et la fraîcheur minérale du palais de l’Archevêché ou de l’espace Van-Gogh, devenues les haltes quasi liturgiques de ces rencontres. Sous le thème « Des Mondes à relire », la 57e édition explore les identités territoriales africaines et méditerranéennes. Structuré en 5 axes – Indépendances, Traversées, Vies sensibles, Relectures, Archives incertaines –, le programme s’articule avec les formats désormais institutionnalisés : Émergence, Grand Arles Express, Arles Associé et Arles Books. Une cartographie dense invitant à la déambulation parmi les lieux d’exposition disséminés dans l’ancienne cité romaine.
Direction l’espace Croisière, attenant à la librairie Actes Sud, pour découvrir Paul Kodjo : Photoromance. L’exposition consacre l’un des pionniers de ce genre hybride, longtemps relégué aux marges. Figure clé de la construction d’une culture visuelle postindépendance, Paul Kodjo retourne à Abidjan en 1970 et y développe des « comédies de romances à rebondissements, en reprenant les codes esthétiques et narratifs d’une éducation sentimentale visuelle à l’ivoirienne », nourrie des modèles européens – italiens en tête. Sous leur apparente légèreté, ces récits captent une société en pleine mutation, portée par l’élan du « miracle ivoirien ». Une plongée dans la nuit abidjanaise, en pleine effervescence.
À quelques minutes de marche, en longeant le cimetière central, la Maison des Peintres accueille une exposition au titre intrigant : Des images qui ne font pas rêver : reportages et documentaires pour « Stern ». Sur cinq décennies de photojournalisme, Marie-Claude Deffarge et Gordian Troeller inventent un genre frontal et méthodique. Dès les années 1950, le duo documente avec une précision dérangeante les conflits géopolitiques et leurs conséquences désastreuses sur les populations : injustices croissantes, crises sociales et économiques. Publiées entre 1959 et 1969 dans l’hebdomadaire allemand Stern, alors référence en matière d’actualité internationale, leurs séries – dont « Women of the World » –, contribuent à imposer leur écriture photographique singulière. Une œuvre journalistique qualifiée d’anticapitaliste, décoloniale et antipatriarcale, dont la résonance demeure intacte.
Maider Darricau





