Dans la roue des livreurs de nuit
Entre pizzas tièdes, mauvais plans et éclairage public, le quotidien des livreurs de nuit est marqué par une injonction à la disponibilité constante et une prise de risque majorée. Plongée dans l’envers du décor de la livraison de repas à domicile, un secteur qui reconfigure les pratiques alimentaires et pose des défis aux politiques de la ville.
Dépendance économique, sous-location illicite, emprise de l’algorithme… les conditions de travail des livreurs des plateformes font l’objet d’une dénonciation de plus en plus vive de la part des institutions, des acteurs associatifs et des coursiers eux-mêmes. À Paris, Uber Eats, le leader du secteur, et son concurrent principal, Deliveroo, sont assignés au tribunal pour traite d’êtres humains à l’encontre de livreurs dont ils ne peuvent ignorer complètement la vulnérabilité économique. Le 23 avril dernier, Maître Thibault Laforcade, qui défend les plaignants, évoquait auprès de l’Agence France-Presse une démarche « inédite » en France motivée par le fait que « le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main‑d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie ».
Les livreurs de repas se ressemblent beaucoup : des hommes, souvent étrangers, parfois clandestins, tous en situation de grande précarité. Ceux qui acceptent de parler utilisent un prénom d’emprunt. Venus de loin, souvent regroupés en communautés, ils mettent leur vie en danger à chaque feu rouge pour une moyenne de 5,83 euros bruts la livraison. Ils enchaînent les Coca renversés et les pizzas tièdes avec un selfie de reconnaissance faciale demandé par l’application pour vérifier la légalité de leur travail. Entre engelures et troubles urinaires, ces forçats de la nuit livrent des repas numérotés, parfois sans savoir lire, guidés…
Raphaëlle Cologon
Retrouvez cet article en intégralité dans le numéro 450 « La nuit » au format papier ou au format numérique

Couverture : Laurent Duvoux
Crédit photo : Raphaëlle Cologon





