Plus d’animation, moins de diversité sociale

La statisticienne et géographe Magali de Raphélis a soutenu, en 2022, une thèse (1) sur la production des espaces nocturnes dans les villes intermédiaires, telles Reims et Dijon. L’occasion de démontrer comment les collectivités ont encouragé le développement de l’animation nocturne en ville, mais de manière payante et donc à l’avantage de certains groupes sociaux.

 

Au cours des dernières décennies, la facette nocturne des villes s’est transformée. Si les villes sont depuis longtemps utilisées la nuit pour le travail, la sociabilité ou la fête, les activités festives se sont particulièrement développées en ville sur la période récente. D’après les résultats de l’enquête Emploi du temps de l’Insee, la fréquentation des bars et restaurants en soirée a augmenté en France de 50 %, entre 1986 et 2010. Dans le même temps, les activités nocturnes ont changé de forme, la sortie en discothèque, prépondérante dans les années 1980, laissant progressivement la place à d’autres activités nocturnes plus diversifiées. En particulier, les bars à bières, les bars de nuit ou bars dansants, ouverts jusqu’à 2 heures du matin – ou plus pour certains –, se sont multipliés.

Ainsi, de nombreux quartiers se sont spécialisés dans les activités nocturnes festives à partir des années 1990. C’est à cette époque qu’ont émergé, par exemple, les quartiers festifs : Oberkampf, à Paris ; Masséna-Solférino, à Lille ; Temple Bar, à Dublin, etc. Et ce mouvement ne s’est pas limité aux seules métropoles, les villes intermédiaires ayant également vu leurs espaces nocturnes se transformer à partir des années 2000. Ces évolutions, qui ont été soutenues par les municipalités, ne bénéficient toutefois pas à l’ensemble des groupes sociaux. En se saisissant des enjeux nocturnes, les urbanistes ont ainsi un rôle à jouer pour éviter que les politiques nocturnes développées ces dernières années ne continuent de favoriser certains groupes sociaux.

Une transformation soutenue par les collectivités

Si elle a d’abord été portée par des acteurs privés dans les années 1980–1990, l’augmentation des activités nocturnes en centre-ville a ensuite été soutenue et accompagnée par les collectivités. Dans un contexte de compétition interurbaine, ces dernières ont, en effet, cherché à favoriser et encadrer l’animation nocturne dans leurs villes à partir des années 2000, afin de…

Magali de Raphélis

Retrouvez cet article en intégralité dans le numéro 450 « La nuit  » au format papier ou au format numérique 

Couverture : Laurent Duvoux 

Photo : À Reims, le Manège déploie un théâtre, un cirque en dur, une brasserie et un studio pour des artistes en création, à proximité du centre-ville. Photo : Le Manège, scène nationale-Reims

Notes :

1/ Magali de Raphélis, « Le côté obscur de la ville. Analyse de la production des espaces nocturnes dans les villes intermédiaires », géographie, université de Reims Champagne-Ardenne (Urca), 2022.


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