« La nuit parisienne est l’une des plus dynamiques du monde »

Si la fête dans la capitale est aujourd’hui considérée comme l’une des plus attractives d’Europe, voire du monde, elle est passée par des moments difficiles à la fin des années 2000. Éric Labbé, figure de la nuit du Nord-Est parisien, à l’origine d’une pétition qui a changé la donne, revient sur les raisons de cette « remontada », avec la complicité de Vianney Delourme, fondateur du média Enlarge Your Paris.

 

Éric Labbé, en 2009, vous avez lancé une pétition intitulée « Paris : quand la nuit meurt en silence », qui a connu un écho considérable, jusqu’à l’étranger. Quel était alors le contexte ?

Éric Labbé : À cette époque, j’étais disquaire et je fournissais en vinyles la scène parisienne, les DJ, les organisateurs de soirée, etc. Dans ma petite boutique, le sujet de discussion récurrent portait sur les difficultés montantes que connaissait la nuit parisienne pour des questions de voisinage, avec pour conséquence des descentes de police, des fermetures administratives, des problèmes avec la préfecture et les maires d’arrondissement…

Mais le sujet n’était pas visible en dehors du monde de la nuit. Un lendemain de soirée annulée, j’ai écrit le texte de la pétition pour qu’elle soit communiquée aux professionnels de la nuit. Le serveur qui hébergeait la pétition a explosé, car, en réalité, le public s’en est emparé et le texte est devenu viral jusqu’à atteindre les 16 000 signatures – ce qui apparaît modeste aujourd’hui, mais était en réalité énorme à une époque où les pétitions en ligne étaient une pratique encore rare. Très vite, la presse s’en est emparée ; d’abord les médias spécialisés, puis les généralistes, les JT de TF1 et France 2, jusqu’au New York Times, qui a consacré une demi-page au sujet. À ce moment-là, les professionnels du tourisme parisiens ont pris peur. On n’était plus sur des querelles entre riverains et établissements dans certains quartiers : c’était l’image de marque de la fête parisienne qui était atteinte.

Comment les pouvoirs publics ont-ils réagi ?

É. L. : Cette pétition a eu un impact certain sur la vie politique parisienne : nous avons réclamé des états généraux de la nuit – que la Mairie de Paris a accepté d’organiser, avec beaucoup de gens autour de la table. C’était un gros évènement. Finalement, le résultat de cette pétition a été de créer un objet politique. La nuit était autrefois un objet administratif, une question qu’on gérait, mais pas un objet politique. Depuis, beaucoup de choses sont apparues, comme…

Propos recueillis par Rodolphe Casso 

Retrouvez cet entretien en intégralité dans le numéro 450 « La nuit  » au format papier ou au format numérique 

Couverture : Laurent Devoux 

Photos : Émilie Sfez/D. R.


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