Maire de nuit, une fonction entre deux mondes
De plus en plus répandus, ces mandats ont permis de faire progressivement bouger les mentalités sur la nécessité d’une évolution des modes de gouvernance urbaine (1).
Dans les années 1970, le poète Jules Deelder (1944−2019) se donne le surnom de Nachtburgemeester d’Amsterdam, littéralement « maire de nuit », en néerlandais. Deelder, qui était un personnage de premier plan au sein de la communauté noctambule et festive de sa ville, imaginait avant tout son titre sur le ton de la plaisanterie. Il était loin de se douter du succès que son initiative allait créer. Il est devenu, malgré lui, le représentant de toute une communauté qui s’était sentie jusqu’à présent négligée par les politiques urbaines.
En 2001, Berlin a été la première ville à nommer un maire de nuit. Amsterdam lui a emboîté le pas, deux ans plus tard, en 2003. En l’espace de dix ans, les villes hollandaises ont vu fleurir pas moins d’une vingtaine de Nachtburgemeesters. Le phénomène s’est fortement amplifié la décennie suivante : en près de vingt ans, des mégalopoles comme Londres, Dallas, Sydney ou encore Dublin ont vu émerger des fonctions similaires. « Certaines villes l’appellent “maire de nuit”, d’autres “manager de nuit”, ou encore “Czar de la nuit”…, mais ces nombreuses dénominations ras- semblent peu ou prou la même fonction », commente Christian Huber, professeur associé à la Copenhagen Business School au Danemark, qui reconnaît qu’il reste difficile de dire combien il y a exactement de maires de nuit aujourd’hui. « Probablement entre une trentaine et une soixantaine. C’est un petit monde, tout le monde se connaît », assure-t-il. Les premiers maires de nuit ont été nommés la plupart du temps par leur communauté, via des votes organisés en ligne. « Les premiers maires étaient élus dans le but d’apaiser les relations entre les acteurs de la vie nocturne, qui souffraient d’une mauvaise image auprès des autorités. Ces maires voulaient changer les choses. Ils voulaient être un point de liaison entre ces deux mondes », décrit le professeur.
Avant l’arrivée des maires et des comités de nuit, les acteurs de la nuit formaient une somme d’individus éclatés. Leur organisation sous la forme d’une communauté leur a permis de porter leurs revendications et de les rendre audibles. Mirik Milan, qui a été maire de nuit entre 2012 et 2018, se souvient encore de l’ambiance qui régnait dans la ville d’Amsterdam lorsqu’il est arrivé à son poste. La capitale hollandaise faisait alors face à une montée de l’insécurité et des nuisances nocturnes. Là où certains auraient décidé de limiter les activités afin de réduire les incivilités, le jeune élu a pris le contrepied :.…
Emmanuelle Picaud
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Couverture : Laurent Duvoux
Photo : Jouer au billard all night long à Ottawa, Canada, crédit : Randy Hogg
Notes :
1/ Ont également participé à l’élaboration de cet article Simone d’Antonio, lead expert au sein du programme européen Urbact, et Jess Reia, professeure assistante à l’université de Virginie et ancienne membre du comité Montréal 24/24.





