Circulez. La ville sous surveillance

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Circulez. La ville sous surveillance

Thomas Jusquiame

(Marchialy, 2024, 256 pages, 20 euros)

En défilant dans les manifestations de « gilets jaunes », le journaliste Thomas Jusquiame a pris conscience des nombreux systèmes et dispositifs de sécurité qui l’entouraient. Ce constat l’a poussé à mener la présente enquête dont la première partie analyse assez largement le rôle des urbanistes et des élus dans la gestion des flux et des « indésirables » de l’espace urbain. 

Depuis Haussmann, l’urbanisme policier n’a cessé de progresser jusqu’à être théorisé dans les années 1970 sous le concept de « prévention situationnelle », un terme digne d’un roman de Philip K. Dick qui part du principe que pour qu’un délit soit commis, trois facteurs doivent être réunis : un délinquant, une cible et une absence de dissuasion suffisante.

En France, un tournant a été pris en 1995 lorsque la loi LOPS a obligé la réalisation d’études de sécurité publique pour les projets d’aménagement. C’est le début d’un développement exponentiel des dispositifs de vidéo surveillance. En 2011, sous la présidence Sarkozy, la loi LOPPSI 2 impose un changement de sémantique : ne dites plus « vidéosurveillance », mais « vidéoprotection » ! Un an plus tard, on comptera près d’un million de caméras sur le territoire. 

Le chercheur Laurent Mucchielli a même estimé qu’en 2018, 80 % à 90 % des communes en zone urbaine étaient vidéosurveillées. Pardon : vidéoprotégées. Et à l’occasion d’un échange avec une chargée d’études de L’Institut Paris Region, Thomas Jusquiame raconte pourquoi les urbanistes et les architectes ne sont clairement pas à l’aise avec ces questions sécuritaires, sortes de zone grise de la pensée urbaine (on n’est pas loin du tabou).

La deuxième partie de l’enquête voit son auteur infiltrer une société de vidéosurveillance dont les commerciaux font la « chasse aux collectivités » pour leur vendre des « yeux en plus de la police ». Ce secteur très lucratif rêve aujourd’hui de voir légalisée la vidéosurveillance algorithmique (VSA), soit des caméras augmentées d’une IA. Cette technologie aux applications aussi impressionnantes qu’inquiétantes pourrait bel et bien nous faire basculer définitivement dans un roman de George Orwell. 

Les JOP de Paris seront justement l’occasion d’une expérimentation, qui doit prendre fin en 2025. Un pied dans la porte pour le marché de la sécurité urbaine qui pesait 34 milliards d’euros en 2016. Bienvenue dans la smart city.

Rodolphe Casso

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