Tram.es
Œuvre collective
[Éditions du Bunker, 2026, 162 pages, 15 euros]
Voici un livre que la revue Urbanisme est particulièrement fière de vous présenter tant sa démarche nous est apparue aussi singulière que nécessaire : un recueil de poésies ayant pour thème la ville et la vie en ville. Tout a commencé l’an passé par une rencontre entre Romain Lucazeau, alors directeur général du Groupe Scet, et Hélène Lécot, fondatrice des Éditions du Bunker, maison spécialisée dans la poésie – ou plutôt, les écritures contemporaines, comme elle aime à le préciser. Germe alors l’idée d’une collaboration où la poésie s’emparerait de la ville, au propre comme au figuré, et que le recueil Tram.es vient aujourd’hui concrétiser.
À la suite d’un appel à textes lancé fin 2025, ce ne sont pas moins de 500 poèmes qui arrivent dans la boîte e‑mail d’Hélène Lécot, dont certains signés par des personnalités du milieu, telles que Liliane Giraudon ou Charles Pennequin, des étoiles montantes comme Hortense Raynal ou Victor Malzac, mais aussi des néophytes de tous âges et professions qui n’ont jamais été publiés. En tout, 59 textes sont sélectionnés pour former le recueil évènement qu’est Tram.es.
Qu’ils s’intitulent Mobilités douces, Zones, Villes corps, Influx ou Urbanuité, ces textes puisent dans l’intime et donnent à vivre mille sensations dans des paysages urbains familiers ou étranges, dans un RER, dans l’espace public… Des récits peuplés de bâtiments, de matières, d’êtres vivants, de souvenirs comme dans Notre quartier, de Mariama Kamara (« On vivait dans un rituel / Un rite urbain / Un savoir ancestral »), voire d’élans ludiques comme dans L’Enfance, de Jules Pétrichor, ici reproduit dans son intégralité : « Pour éviter les crocodiles saute saute saute sur les bandes blanches. »
Une autre particularité de ce projet est le partenariat inédit noué entre une maison d’édition de poésie et six aménageurs publics (Serl, à Lyon ; Territoires Rennes ; SEMVR, à Lille et Roubaix ; Altémed, à Montpellier ; Sedia, à Besançon ; Sedre, à La Réunion), ainsi que le Groupe Scet. Non contents d’accompagner la création de ce recueil, ces EPL ont accepté de participer à la deuxième phase du projet qui consistera en l’affichage d’un texte de leur choix, en partie ou en totalité, sur un mur de leur ville.
Pour Romain Lucazeau, « Les murs de nos villes sont des espaces neutres et défensifs. Lorsque l’affichage y est possible, il est publicitaire ou politique. L’expression artistique est souvent réduite à un geste illégal ou toléré, et le plus souvent temporaire. » Et Hélène Lécot d’ajouter que la poésie est le fruit d’une « parole individuelle, comme si elle s’adressait à quelqu’un ; on parle aux gens qui passent. Dans la ville, qui est une machine à anonymiser, l’idée est d’aller à la rencontre des gens, notamment ceux qui ne seraient pas eux-mêmes venus vers la proposition en question ».
À la suite de la sortie de Tram.es, le 6 avril, des rencontres seront organisées au printemps dans des librairies des territoires partenaires – la revue Urbanisme y prendra part et s’en fera l’écho sur ses réseaux sociaux (LinkedIn et Instagram).
Rodolphe Casso





