Architectures terrestres studiolada
Mathias Rollot (dir.)
[Jovis, 2026, 240 pages, 38 euros]
« Notre discipline architecturale est largement obsolète », affirme Mathias Rollot dès les premières lignes. Toute la question est alors de savoir par quoi la remplacer. Depuis plusieurs années, l’architecte et essayiste explore cette piste. Avec Architectures terrestres, il quitte cette fois le manifeste pour se glisser dans les coulisses du Studiolada, collectif nancéien qui revendique une pratique ancrée dans son territoire, attentive au bien commun, au réemploi et aux ressources locales.
Le livre ne cherche pourtant jamais à ériger cette agence en modèle. Il préfère ouvrir des pistes. Trente projets, présentés dans l’ordre chronologique, racontent une autre manière de fabriquer la ville : moins spectaculaire, plus collective, plus située. En filigrane, l’auteur-architecte poursuit un chantier qui traverse déjà ses précédents ouvrages : élargir la définition même de l’architecture et redonner au mot « vernaculaire » une portée contemporaine, écologique autant que politique.
La richesse de l’ouvrage tient à sa composition. Aux projets répondent des textes, des plans, des photographies, un glossaire et quatre entretiens où il est autant question d’écologie que de féminisme, d’enseignement ou de recherche.
Un projet résume peut-être à lui seul cette philosophie : l’office de tourisme de Plainfaing, près de Saint-Dié-des-Vosges. Studiolada y fait du territoire un véritable matériau de projet. Les murs porteurs sont réalisés en grès rose local, tandis que le bâtiment privilégie les circuits courts, les savoir-faire artisanaux et des choix constructifs volontairement sobres. Rien d’ostentatoire. L’architecture s’adapte aux ressources disponibles plutôt que de les contraindre.
Pour les architectes, la revitalisation des territoires ruraux passe d’abord par le maintien des économies locales et par une attention renouvelée aux matières, à leur provenance comme à leur mise en œuvre. En quelques pages, ce bâtiment donne une traduction très concrète de ce que le livre entend par « architecture terrestre ». On lit, on explore, on revient en arrière, on note, on compare les projets, on laisse infuser. On referme le livre avec davantage de questions que de certitudes, et c’est sans doute sa principale qualité. Lucas Boudier





