Grands ensemble. Violence, solidarité et ressentiment dans les quartiers populaires

Fabien Truong et Gérôme Truc
(La Découverte, coll. « L’envers des faits », 2025, 385 pages, 22 euros)
Non, Grands ensemble n’est pas un énième ouvrage « sur la banlieue ». C’est le fruit d’une enquête sociologique de dix ans menée par Fabien Truong et Gérôme Truc à Grigny, une ville souvent réduite médiatiquement à son statut de « ville la plus pauvre de France » ou associée aux attentats de 2015, puisque Amedy Coulibaly en était natif. Les auteurs plongent au cœur des quartiers populaires pour comprendre comment les habitants vivent sous la pression constante de violences multiples : trafics, interventions policières, pauvreté, racisme, virilisme et stigmatisation. Ils explorent également les blessures intimes et les solidarités qui émergent dans ces conditions difficiles. Un chapitre marquant : celui sur la place des femmes dans les quartiers populaires. Trop souvent invisibilisées, elles sont pourtant au cœur de la vie locale. Comment se protègent-elles des effets directs ou indirects des violences masculines ? Mise en lumière importante de leurs stratégies de résistance et de leur rôle essentiel, bien que trop peu reconnu. En mobilisant des références théoriques allant de Max Weber à Pierre Bourdieu, mais surtout en allant au plus près des habitants, Fabien Truong et Gérôme Truc analysent les dynamiques complexes de ces quartiers, où la violence structurelle coexiste avec des formes de résilience et d’espoir. Grands ensemble est une œuvre essentielle pour comprendre les réalités des quartiers populaires, loin des clichés et des simplifications médiatiques.
Elle rappelle que ces territoires sont des espaces vivants, traversés par des tensions, mais aussi par des aspirations et des luttes pour une vie meilleure. Il est difficile de rendre compte de la richesse de cet ouvrage en quelques lignes, tant il mérite d’être lu dans son intégralité. Cette enquête sociologique profonde, patiente, rigoureuse s’inscrit dans un contexte tendu, complexe, post-attentat. Parce que les quartiers dits « populaires » sont souvent réduits à des zones d’exception ou de relégation, Grands ensemble rappelle qu’on y vit comme ailleurs – avec les mêmes espoirs, les mêmes contradictions, mais avec, en sus, la précarité.
Lucas Boudier





