
Nicolas Défossé
Una Mattina Films, actuellement en salle
Dans l’État du Chiapas, au sud du Mexique et à la frontière du Guatemala, le peuple autochtone Ch’ol de l’Ejido Tila a repris le contrôle de ses terres, expulsant politiciens locaux et forces de police.
Pour saisir la portée de cette révolution, il faut remonter à 1917, année de la Constitution mexicaine qui institue des Ejidos, « une forme de propriété sociale issue des luttes paysannes ». Mais au Chiapas, la redistribution agraire se heurte à la résistance acharnée de propriétaires terriens puissants et d’élites locales. Commence alors une longue bataille : des décennies de lutte au terme desquelles les paysans ch’oles parviennent peu à peu à reprendre possession de leurs terres.
En 1980, un nouveau coup d’arrêt survient. La 54e législature du Chiapas promulgue un décret déclarant que 130 hectares de la zone urbaine de l’Ejido Tila appartiennent désormais à l’État, en prolongement d’un projet de 1966 visant à y bâtir une ville. Malgré plusieurs victoires judiciaires, les verdicts restent lettres mortes.
En 2015, la communauté proclame son autonomie et expulse la mairie. Depuis, le territoire endure violences et divisions, sous la pression de groupes armés et paramilitaires. Entre 2020 et 2025, les assassinats et déplacements se multiplient, faisant de Tila un symbole de résistance autochtone face à l’État mexicain et aux intérêts criminels.
Arrivé au Mexique dans les années 2000, Nicolas Défossé s’y enracine peu à peu. Une rencontre l’amène à collaborer avec une association de bénévoles animant des ateliers vidéo dans des communautés zapatistes et autochtones. De là naît un long compagnonnage : durant plusieurs années, il forme les habitants à la réalisation de vidéos.
Dans son documentaire, aucune voix off, aucun entretien. « La démarche part d’un récit de réalisme [pour] rendre justice [sur les plans] éthique, politique, esthétique, au courage et à la beauté, aux difficultés, aux complexités de ce genre d’expérience collective. » Le spectateur s’y trouve immergé peu à peu, pris dans le flot des discussions où se mêlent tension, colère et volonté de repenser la gestion du vivre-ensemble.
Entre les scènes nocturnes d’une grande intensité et des journées de labeur dans les champs, ce documentaire révèle la puissance de combat politique, car ici défendre la terre, c’est avant tout « prendre soin des autres, de la terre, du territoire, de l’Ejido, c’est quelque chose qui est présent au cœur même des prières »¹.
Maider Darricau
1/Extraits de l’entretien de Nicolas Défossé paru sur le blog de Cédric Lépine. https://blogs.mediapart.fr/cedric-lepine/blog





