Grand Ciel

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Grand Ciel

 

Akihiro Hata
Good Fortune Films, actuellement en salle
 

Grand Ciel s’ouvre sur un chantier titanesque, temple du fordisme contemporain où les ouvriers évoluent comme des pions fluorescents au milieu d’un futur déjà obsolète. On y construit le premier smart district de France. Ce décor high-tech est traversé par une inquiétude : le béton semble malade, des bruits remontent du sixième sous-sol comme si le bâtiment respirait.

Dans cette fourmilière, Vincent (Damien Bonnard) voit son contrat prolongé. Une chance en apparence ; un piège, comprend-on très vite, car un ouvrier disparaît, puis un autre, sans que la hiérarchie ne s’agite autrement que pour faire taire les rumeurs. Peu à peu, le chantier devient un labyrinthe organique, presque vivant. La rumeur qu’Ousmane – un des travailleurs sans papiers – serait « pris dans la dalle » prend de l’ampleur. On creuse, on cherche : rien. Ce vide, cette absence fait naître l’idée d’un lieu qui avale les hommes qu’il emploie.

C’est d’ailleurs l’inspiration du film, comme le déclare le réalisateur : « En 2015, un intérimaire sans papiers, Mamadou Traoré, mort sur son lieu de travail, a failli tomber dans l’oubli, disparaître dans une zone grise de non-droit. Personne n’avait semblé même remarquer l’absence de cet ouvrier qui travaillait pourtant depuis plusieurs semaines sur le chantier. » Si l’allégorie est puissante – le travail comme force dévorante, qui absorbe les plus précaires –, le film, par son côté mystique, peine à transformer cette intuition en un récit solide. Le fantastique est trop appuyé pour rester métaphorique et l’intrigue oscille sans choisir entre réalisme social et veine surnaturelle.

Le parcours de Vincent, promu chef assez rapidement, devient finalement le moteur tragique du film. Sa trahison d’un collègue syndicaliste, son silence face aux disparitions, puis son retour dans les entrailles du chantier donnent à son personnage une belle profondeur. Le final offre une cohérence au récit en scellant le destin d’un personnage pris dans l’engrenage d’un système qui le dépasse.

La dernière image revient au point de départ : le chantier continue, indifférent, ingurgitant hommes et rumeurs. Grand Ciel imprime une ambiance forte, mais c’est surtout le symbole qui frappe – plus que l’intrigue qui cherche sa forme et, trop souvent, la perd en route.

Lucas Boudier

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