DUNKERQUE, LA BATTERIE DE L’EUROPE

Articulée autour de trois sites dans les Hauts-de-France, avec le Grand Dunkerquois pour épicentre, la « vallée de la batterie » est dotée de nombreux atouts, dont un port industriel idéal pour accueillir les gigafactories. Un projet de territoire qui promet de « booster » l’attractivité, mais soulève toutefois quelques doutes.

 

Formant un triangle entre Dunkerque, Douvrin–Billy-Berclau et Douai, la « vallée de la batterie » insuffle une nouvelle énergie à l’ancien bassin industriel du nord de la France. Un temps imaginé à proximité du port du Havre, le site choisi sera finalement Dunkerque, qui a séduit la première licorne 1 française de l’électromobilité, Verkor, pour des raisons stratégiques : un emplacement au carrefour de l’Europe, un port de marchandises de premier plan, l’accès à une énergie décarbonée grâce à la centrale nucléaire de Gravelines, ainsi qu’un foncier disponible.

Crédit photo : Verkor 

Pour Christophe Bocquin, directeur général de S3D, la société d’aménagement locale, la réussite du dossier tient d’abord à une méthode collective : « Nous avons choisi d’aller plus loin en mettant en avant notre capacité à accompagner Verkor sur l’aménagement, la mobilité et un réseau de chaleur industriel. » Olivier Camau, directeur régional de la Caisse des Dépôts (CDC) Hauts-de-France, partage cette analyse : « Verkor a très vite eu confiance en cette région qui se connaît, qui maîtrise ses moyens et où les acteurs publics et privés ont l’habitude de travailler ensemble, avec une vraie capacité à trouver des solutions. » Le territoire peut ainsi s’appuyer sur son pôle d’innovation décarbonée, ÉcosystèmeD, qui fait le lien entre acteurs publics et privés. « Patrice Vergriete [maire de Dunkerque depuis 2014, ndlr] a une vision claire des potentiels et des enjeux du territoire », ajoute le directeur régional de la CDC Hauts-de-France. Ainsi, dès 2019, le port de Dunkerque amorce sa mutation en développant une logique de site « clé en main », pour accueillir des industries d’avenir. Verkor s’en est pleinement saisi : « Il n’y a jamais eu un projet de cette ampleur sorti de terre aussi vite », se félicite Olivier Camau. Inauguré fin 2025, le site du fabricant de batteries a mobilisé 5 milliards d’euros et devrait à terme fonctionner avec quatre lignes de production, générer 2 000 emplois directs et quelque 5 000 emplois indirects estimés.

Sur le même secteur, l’entreprise taïwanaise pionnière des batteries solides ProLogium est en cours de construction, pour une entrée en fonctionnement en 2028. Un temps à l’arrêt, la jointventure Neomat, née du partenariat entre Orano et XTC New Energy, fabriquera les matériaux actifs de cathode, tout en lançant une filière de recyclage, et anticipe 400 emplois directs. Autour de ce noyau, la filière se structure progressivement. À proximité de Valenciennes, Axens porte un projet de production de matériaux pour cathodes – Macaron –, avec un investissement estimé à 500 millions d’euros. En cours de concertation et d’instruction, le démarrage des travaux est prévu courant 2026.

Des doutes à lever 

Toutefois, la demande en énergie de ces gigafactories interroge. Car si deux réacteurs nucléaires EPR2 sont en projet à Gravelines, cela n’est pas sans inquiéter les associations citoyennes. En février 2026, Nicolas Fournier, président de l’Adelfa (Assemblée de défense de l’environnement du littoral Flandres Artois), alertait sur la voracité électrique de ces gigafactories, dans le podcast Commune Planète (RFC/La Voix du Nord) : « Cette vallée de la batterie est très gourmande en électricité. Et l’arrivée hypothétique des EPR2 à Gravelines, en 2040, est en décalage par rapport aux besoins des usines dans les années 2030. »

Maider Darricau

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