Sochaux : moteur de la ville, mais frein des mobilités

Le nom de Sochaux demeure indissociable de l’usine Peugeot, implantée en 1912 dans cette commune du Doubs et devenue, au fil des mutations industrielles, PSA puis Stellantis. Plus d’un siècle plus tard, comment un territoire, dont l’aménagement fut dicté par une industrie lourde de 260 hectares, parvient-il à s’en affranchir ?

 

Pour rejoindre la sous-préfecture de Montbéliard, au sud-est de l’ancienne région Franche-Comté, il faut longer le Doubs et ses vastes friches industrielles. Dans ce paysage brumeux, typique des bourgs de l’Est, se succèdent des entrepôts le long d’axes routiers dimensionnés pour les poids lourds. Passé le centre-ville et la zone commerciale, la départementale 663 mène à l’avenue d’Helvétie : au rond-point suivant, un parking à étages se dresse à gauche, des bureaux s’alignent à droite, tandis qu’un panonceau marque l’entrée dans l’antre du géant automobile Stellantis. Pour qui n’est pas en possession d’un badge, la route s’arrête là. Mais une vue aérienne permet d’en mesurer l’emprise foncière : un site tentaculaire qui s’étend jusqu’à la commune de Sochaux, à laquelle il a donné son nom. Une symbiose si profonde qu’elle interroge encore.

Crédit photo : Pleiades CNES 2017, distr. Airbus DS

Laura Châtaigner, alors étudiante en géographie à la Sorbonne, en a fait l’expérience, tandis qu’elle s’apprêtait à démarrer un stage dans l’agence d’urbanisme locale (ADU) : « Vous travaillez pour Peugeot ? Non ? Pour un sous-traitant, alors ? Non ? Mais alors, qu’est-ce que vous êtes venue faire ici ? Six ans plus tard, ce souvenir demeure vif : « Le territoire est encore très structuré autour de ce cœur : ce n’est pas Peugeot qui est en périphérie de Montbéliard, c’est Montbéliard qui est en périphérie de Peugeot. »

Un territoire sous influence automobile

Cette histoire urbaine est directement inscrite dans la géologie. Pour Pierre Lamard, professeur émérite à l’Université technologique de Belfort-Montbéliard (UTBM) : « La révolution automobile américaine va exiger très rapidement une horizontalité des bâtiments industriels avec la logique de la chaîne de travail fordiste. Le terrain de la plaine de Sochaux est marécageux, donc peu coûteux, et il va permettre cette horizontalité. » Le Doubs, en creusant dans le plateau, interdit l’extension en profondeur ; cette contrainte naturelle a conduit Peugeot à Sochaux. Dopée par la foi dans la technique, l’industrie détourne deux fois le cours de l’Allan – un affluent du Doubs – pour absorber l’expansion de l’usine.

Maider Darricau

Lire la suite de cet article dans le numéro 449 « L’Automobile » en version papier ou en version numérique

Couverture : Jaouen Salaün


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