Patrimoines en résistance : de Tombouctou à Odessa

[Jusqu’au 3 janvier 2027]
Cité de l’architecture et du patrimoine
1, place du Trocadéro-et-du-11-Novembre
75116 Paris
www.citedelarchitecture.fr
En 2012, la destruction des mausolées de Tombouctou par des groupes djihadistes marque une rupture : pour la première fois, le droit international qualifie l’atteinte au patrimoine de crime de guerre. Derrière ce basculement juridique, une réalité plus large s’impose depuis le début du XXIe siècle : les conflits ne se contentent plus de détruire les villes, ils s’attaquent à ce qui les relie à une histoire, à des récits collectifs et à des ancrages symboliques durables.
C’est cette évolution que met en lumière Patrimoines en résistance : de Tombouctou à Odessa – mais aussi de Bâmiyân à Odessa, en passant par Gaza ; l’exposition montre que la destruction du patrimoine n’est plus un dommage collatéral, mais un outil de guerre à part entière. Effacer les traces, déplacer les populations, piller : autant de stratégies pour désarticuler les sociétés, et imposer de nouveaux récits dominants sur des territoires fragilisés.
Le parcours, structuré en trois temps – effacer, résister, réparer –, évite pourtant toute démonstration figée. « Effacer » documente l’ampleur et la diversité des atteintes, du dynamitage à la disparition plus diffuse des patrimoines ordinaires. « Résister » déplace le regard vers celles et ceux qui, sur le terrain, inventent des formes de protection : archivage d’urgence, numérisation, gestes de sauvegarde du quotidien, souvent au péril de leur sécurité et dans des conditions précaires. « Réparer », enfin, élargit la notion même de reconstruction : il ne s’agit plus seulement de rebâtir des murs, mais de recréer les conditions d’un vivre-ensemble, en articulant mémoire, soin et transmission.
Cartes réalisées en partenariat avec Sciences-Po, maquettes, photographies, vidéos et modélisations numériques réalisées par Iconem composent un dispositif dense, à la fois documentaire et sensible. Loin de l’effet spectaculaire, l’exposition propose un temps de recul face à la saturation actuelle des images de guerre.
En filigrane, elle rappelle que le patrimoine ne relève pas seulement de la conservation, mais d’un enjeu politique central : ce qui est détruit n’est pas uniquement matériel. C’est la possibilité même de « faire monde » qui vacille – et, avec elle, les conditions d’un futur partagé.
Lucas Boudier





