Bienvenue en 2055 – Dans un monde neutre en carbone
Magali Reghezza-Zitt
[Le Seuil, 2026, 256 pages, 21,50 euros]
Bienvenue en 2055. Oubliez un instant le présent et projetez-vous dans un monde où les principales recommandations du 6e rapport du Giec ont été mises en œuvre. Ce monde n’existe pas encore. Peut-être n’existera-t-il jamais. C’est précisément parce qu’il reste à inventer qu’il faut commencer à le raconter.
La géographe ne signe ni un essai classique, ni un roman d’anticipation. Bienvenue en 2055 emprunte aux deux registres. À chaque chapitre, une séquence fictionnelle plonge le lecteur dans le quotidien d’une société devenue neutre en carbone ; elle est suivie d’une mise au point scientifique où l’autrice revient sur les hypothèses mobilisées, les connaissances disponibles et les arbitrages politiques qu’elles supposent. Ce va-et-vient permanent entre récit et démonstration fait toute la singularité de l’ouvrage.
En 2055, la neutralité carbone n’a pas empêché le réchauffement climatique. Il fait chaud, très chaud. Comme le rappelle la géographe : « En seulement cent cinquante ans, l’humanité a réchauffé la planète autant que les grands cycles naturels avaient pu le faire en près de vingt mille ans. » Le changement est déjà là ; seule demeure la question de la manière dont nous choisirons d’y vivre.
Au fil des pages, tout passe au crible : la révolution énergétique, le recours massif aux énergies renouvelables, la disparition progressive des énergies fossiles, la transformation des pratiques agricoles, l’organisation du travail, les transports, la consommation ou encore l’habitat. Et pourtant, le livre ne ressemble jamais à un catalogue de solutions techniques.
L’une des grandes qualités du livre réside justement dans ce refus des récits simplistes. Ni collapsologue, ni techno-solutionniste, Magali Reghezza-Zitt échappe aux deux impasses qui structurent aujourd’hui le débat climatique. Elle rappelle combien le retard accumulé tient autant à la fabrique du doute, aux campagnes de désinformation et aux intérêts économiques qu’à une supposée impossibilité technique. Dit autrement : les blocages sont d’abord politiques.
En refusant le catastrophisme sans céder à l’optimisme béat, l’autrice propose moins une vision du futur qu’un récit qui rend la transition imaginable. La transition écologique, c’est surtout une affaire de récits. Lucas Boudier





