Accueillir les différences dans la ville
Lucie Palanché, Vincent Kaufmann et Yves Pedrazzini (dir.)
[Infolio, 2026, 293 pages, 28 euros]
Résultant d’une recherche interdisciplinaire menée sur un urbanisme hospitalier aux différences, les dix-sept chapitres de cet ouvrage collectif proposent une approche sophistiquée d’un urbanisme différentiel et de dispositifs d’hospitalité attentifs aux formes d’une ville ainsi qu’aux interactions des différences humaines, sociales, spatiales et urbaines.
Une même question anime le livre : comment « faire ville » sur la base d’une approche critique des communs qui, pour nécessaires qu’ils soient, ne suffisent pas à garantir la communication entre mondes sociaux, par-delà les différences ? Ici, les auteurs inversent la perspective et proposent de penser les communs à partir de la notion de différence sans « céder ni à un urbanisme des différences “identitaires”, ni à un urbanisme des communs communautaires différenciés, pas plus qu’à un urbanisme tel que celui qui s’est imposé comme moderne, fondé sur l’homogénéité, l’uniformité, le nivellement et l’ordre sans attrait de la technocratie ».
Loin des généralisations abusives, les notions clés de cohésion sociale, de différences, de communs et d’urbanisme différentiel sont minutieusement articulées. L’intérêt de ce livre réside aussi et surtout dans la mise en regard de quatre villes : Bruxelles, Genève, Hambourg et Turin. Accueillir les différences dans la ville propose une intelligente « exploration de communs, sociaux ou spatiaux, à diverses échelles, allant du pied d’immeuble au territoire des agglomérations en passant par les îlots, les quartiers, les espaces publics, les rues… ; une exploration des modalités, privées, collectives, associatives ou publiques permettant à ces “différences urbaines” de s’inscrire dans ces “communs” ».
Cet ouvrage livre une contribution inestimable à une meilleure compréhension et promotion des villes hospitalières aux différences et communs. Il laisse à qui prend soin (care) de l’espace urbain contemporain la responsabilité d’aller plus avant et de répondre à la question : « Est-il politiquement envisageable, en réconciliant différences et communs, de penser un processus de différenciation commune, dans lequel les différences ouvriraient la voie à une connexion collective plutôt qu’à une séparation ontologique définitive ? »
Christophe Solioz





