« L’écologisation n’a pas remis en cause la consolidation budgétaire »
À l’épreuve de l’austérité, que reste-t-il des ambitions écologiques locales ? Une enquête menée pendant près de dix ans dans 6 intercommunalités (1), d’Est Ensemble à Sophia Antipolis, met au jour des arbitrages sous contrainte. Éclairage avec Francesca Artioli et Nicolas Maisetti, coauteurs de La Ville verte au pied du mur (2).

La Ville verte au pied du mur. Quand l’austérité ordonne les politiques environnementales, Ludovic Halbert, Félix Adisson, Francesca Artioli et Nicolas Maisetti, Les Presses de Sciences-Po, 2026
Vous considérez la France comme un cas d’école de la consolidation budgétaire dans les démocraties capitalistes occidentales. Quelles sont ses spécificités ?
Nicolas Maisetti : On entend souvent dans le débat public qu’il n’y a pas d’austérité en France, en raison du niveau de prélèvements obligatoires et de la solidité de l’État-providence qui la distinguent d’autres pays tels que le Royaume-Uni. Toutefois, notre recherche montre que des décisions politico-économiques ont eu des effets budgétaires concrets et significatifs sur les politiques urbaines, au-delà des chiffres. Ce contexte budgétaire est d’autant plus important à analyser qu’il s’accompagne, en parallèle, d’une montée des injonctions environnementales, en particulier depuis le Grenelle de l’environnement, créant une tension avec les contraintes budgétaires. La France offre enfin un cas d’étude institutionnel singulier : un État central héritier du jacobinisme, soumis et participant aux injonctions européennes, qui doit composer avec une décentralisation accrue et une capacité d’action des élus locaux, capables d’influencer les décisions budgétaires au plus haut niveau.
Francesca Artioli : L’intérêt de mener une étude en France ne réside pas dans une spécificité absolue que représenterait ce pays, mais dans la densité de son action publique, notamment locale. C’est précisément dans cette action et dans son écologisation que nous avons pu observer la consolidation budgétaire comme un « ordre », à savoir un cadre institutionnalisé qui, comme théorisé notamment dans les travaux d’économie politique de Wolfgang Streeck, réorganise la puissance publique autour du contrôle des déficits et de la dette à la faveur de ses créanciers, de la poursuite de politiques économiques et fiscales de l’offre, au détriment d’objectifs de maintien de services collectifs fondamentaux. Cet ordre ne se contente pas de s’imposer par cascades descendantes. Nous avons cherché à éviter une vision purement verticale de l’austérité pour montrer comment elle s’internalise et cadre les politiques publiques communales et intercommunales. Ainsi, l’austérité est en partie intériorisée par les collectivités, tout en restant encadrée par l’État central et les règles européennes (comme montré par d’autres, tel Patrick Le Lidec), et tout en donnant lieu à des tensions internes aux collectivités, notamment entre les services dépensiers et les gestionnaires de budgets.
N. M. : Même dans des collectivités métropolitaines à la santé financière robuste, comme Bordeaux, pour prendre un exemple que nous avons étudié dans le livre, les logiques de « mise en ordre » de consolidation budgétaire sont pleinement à l’œuvre. Il apparaît ainsi que ces dynamiques…
Propos recueillis par Maider Darricau
Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 451 « Financer la ville » en version papier ou en version numérique
Couverture : Lila Castillo
Crédit photos : D. R.
Notes :
1/ Est Ensemble, Bordeaux Métropole, Tours Métropole Val de Loire, Communauté urbaine de Dunkerque, Grand Cahors et Sophia Antipolis.






