
Élie Wajeman
Dulac Distribution
Depuis des siècles, les comètes sont associées aux bouleversements, aux catastrophes ou aux changements de destin. En 1348, leur apparition fut même interprétée comme l’un des signes annonciateurs de la peste noire. C’est cette charge symbolique qu’Élie Wajeman convoque pour raconter quelques jours dans la vie de plusieurs Parisiens au moment où une comète traverse le ciel. Après Médecin de nuit (2020), qui puisait sa force dans le suivi quasi obsessionnel d’un seul personnage en errance, le cinéaste choisit cette fois de disperser son regard entre plusieurs parcours.
Dans ce film à trajectoires multiples, on suit une troupe de théâtre, une journaliste qui réalise des podcasts, un homme sortant d’un hôpital psychiatrique et quelques autres figures, qui composent un ensemble de fragments de vie que la caméra accompagne avec discrétion. Le film privilégie la circulation entre les personnages à la progression dramatique, l’observation à la démonstration.
C’est précisément ce choix qui pourra diviser. À force de passer d’une trajectoire à l’autre, Comète peine parfois à donner de l’épaisseur à ses protagonistes. Le spectateur ne saisit que des moments, des situations. Là où le meilleur cinéma dit naturaliste – comme chez Hafsia Herzi ou Abdellatif Kechiche – parvient à faire naître une émotion durable à partir de scènes du quotidien et de simples présences, Élie Wajeman accumule les fragments sans toujours leur donner suffisamment de poids. Sans doute est-ce l’intention du film, mais cette dispersion finit par rendre difficile tout véritable attachement aux personnages.
La question du lien entre ces différentes histoires demeure également en suspens. Les croisements existent, mais ils ne semblent pas produire de sens particulier ni provoquer de bascule narrative. Présentée comme l’élément fédérateur du récit, la comète demeure pourtant largement périphérique. Le film préfère observer ses personnages dans leurs trajectoires quotidiennes plutôt que les transformations que cet évènement pourrait provoquer.
Reste quand même le plaisir de la déambulation. Comète filme avec justesse des quartiers tels que Belleville et Couronnes, ses sociabilités et ses fragilités. Lorsque le générique arrive, une interrogation persiste : qu’a véritablement changé cette comète dont le passage semblait devoir donner un sens commun à ces destins parallèles ? À cette question, le film ne cherche sans doute pas à répondre. Le spectateur, lui, peut rester sur sa faim.
Lucas Boudier





