Faire avec les territoires
Conseil national de l’Ordre des architectes
[L’aube/Éditions Terre à terres, 2026, 152 pages, 20 euros]
Comment l’architecture peut-elle contribuer aux grandes transitions territoriales ? C’est à cette question que répond Faire avec les territoires : Panorama d’architectures vivantes, ouvrage porté par le Conseil national de l’Ordre des architectes à la suite des Rencontres Architectures et Territoires organisées en 2024 dans toute la France. À travers une quarantaine de contributions d’architectes, d’élus, de chercheurs et de praticiens, le livre entend montrer que l’architecte ne se limite plus à la conception du bâtiment, mais constitue un acteur de premier plan des politiques territoriales.
Structuré autour de quatre grands thèmes (« faire avec les risques », « les ressources locales », « le “déjà-là” » et « les acteurs »), il rassemble retours d’expérience, projets et témoignages illustrant une pratique de l’architecture fondée sur l’adaptation, le réemploi, la coopération et l’ancrage local. Plus qu’un catalogue de réalisations, l’ouvrage se veut un plaidoyer pour une architecture capable d’accompagner les mutations écologiques, sociales et économiques des territoires.
L’ouvrage défend avec conviction une architecture attentive aux ressources locales, au « déjà-là », à la coopération et aux transitions. Difficile de contester ces principes. Mais c’est aussi là que réside sa principale limite. À vouloir embrasser l’ensemble des enjeux territoriaux contemporains, il mobilise un vocabulaire et des registres d’action désormais largement installés dans le champ de l’aménagement.
Les « faire avec », « coopérer », « valoriser les ressources locales », ou encore « partir de l’existant » relèvent aujourd’hui d’un consensus partagé par les urbanistes, géographes, paysagistes et aménageurs. Depuis plusieurs années, rapports institutionnels, guides méthodologiques et référentiels professionnels déclinent déjà ces mêmes orientations.
Si la diversité des expériences présentées nourrit utilement la réflexion, la démonstration laisse finalement une question en suspens : qu’apporte spécifiquement le regard de l’architecte à ces enjeux territoriaux ? Si le livre revendique une place accrue de la profession dans les politiques publiques, il peine à montrer en quoi sa méthode, ses outils ou sa culture du projet produisent une valeur ajoutée distincte de celle développée depuis longtemps par les géographes, urbanistes ou paysagistes.
À ce titre, Faire avec les territoires ressemble davantage à un manifeste de positionnement professionnel qu’à une véritable contribution au renouvellement de la pensée sur les territoires. Elias Sougrati





