La Dernière Patiente

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La Dernière Patiente

 

Rémi Bassaler
Tandem

Nancy, un jour ordinaire, peut-être à la fin de l’automne, dans le quartier du Haut-du-Lièvre. S’y dresse une tour panoramique de presque cent mètres de haut, surplombant la ville et offrant, comme souvent dans les grands ensembles, ce paradoxe d’une végétation à perte de vue, mais tenue à distance des fenêtres.

Judith (Anouk Grinberg) est la dernière habitante d’un immeuble promis à la démolition, sermonnée par un chef de chantier manifestement las de quémander à la sexagénaire de faire ses valises. Nostalgique de ce quartier où elle a quasiment toujours vécu, elle y a également exercé comme médecin pendant trente ans. Le personnage intrigue, par une force muette et une froideur apparente, en tension avec une profonde humanité.

« Comme beaucoup de médecins travaillant dans les quartiers populaires, Judith s’est construit une carapace », confie le réalisateur. Depuis sa fenêtre, elle contemple inlassablement un paysage mélancolique, jusqu’à être soudainement dérangée par une patiente ignorant la fermeture du cabinet. D’abord fermement opposée à la recevoir, la tout juste retraitée accepte finalement de l’accompagner dans ses rendez-vous. Elle découvre alors une jeune femme enceinte de huit mois, en rupture de soins, manifestement désorientée. Le bébé va bien. Judith reprend sa route, laissant Aïda (Luàna Bajrami) poursuivre la sienne. L’intrigue pourrait s’arrêter là.

Mais le film glisse progressivement vers un thriller social, dévoilant la violence insidieuse que subit la jeune femme de la part de son compagnon : une carte Vitale confisquée, remarques dégradantes, coups, menaces suicidaires… Si l’homme n’apparaît qu’à quatre reprises, sa présence imprègne pourtant chaque instant du récit. Et puis il y a la violence, plus diffuse, de la rénovation urbaine : celle qui déloge, efface, intime de disparaître à celles et ceux dont toute une vie s’est inscrite dans ces lieux.
Rémi Bassaler et sa coscénariste Marion Defer signent un film de femmes, sororal et pudique.

S’il cède parfois à certaines figures attendues – notamment celle de la médecin dévouée –, il se distingue par la justesse de ses silences, par la puissance des regards et une forme de retenue qui évite l’emphase. Au-delà de sa dimension sociale, le film s’ancre aussi dans la crise de l’hôpital, jusqu’à s’immiscer dans la manifestation du 18 septembre 2025, résultat d’une colère sociale qui gronde. Maider Darricau


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