La Ville est un roman
Thierry Paquot
[Eterotopia, 2026, 176 pages, 16 euros]
Après avoir croisé villes et films (La Ville au cinéma, Cahiers du cinéma, 2005), poésies et villes (Poésie urbaine, Eterotopia, 2023), Thierry Paquot poursuit son inlassable exploration de l’espace urbain et de la planète littéraire. Pour cet insatiable philosophe des territoires, « bouquinomane » et faiseur de livres, passion rime avec raison. Aussi cette nouvelle « déclaration d’amour aux villes et à la littérature » procède d’une analyse particulièrement lucide des représentations d’un espace singulier pluriel, entre-deux à la fois littéraire et urbain.
L’approche chronologique retenue a toute sa pertinence tant elle permet de prendre la mesure des mutations de l’urbain. Rappelons avec l’auteur cette lame de fond : « L’urbain généralisé, telle une vague charriant des lotissements pavillonnaires, des échangeurs autoroutiers, des zones commerciales, des vides et des friches […] vient submerger la ville “historique” et imposer son ordre morphologique et sociétal, celui de l’après-ville. »
La littérature se met au diapason : Annie Ernaux témoigne ainsi que si la « ville-à‑l’ancienne » faisait malgré tout corps, l’urbain ne fait plus société ; et François Bon d’inventer l’après-livre pour tutoyer l’après-ville. Investigation littéraire de la ville et lecture urbaine de romans, La Ville est un roman restitue à la façon d’un récit de voyage d’innombrables rencontres.
L’entrée offre un tour d’horizon à couper le souffle avant que l’auteur ne déroule un fil rouge dans cette bibliothèque de Babel dédiée aux cités. Après un ancrage dans le naturalisme de Zola, on en découvre la version américaine avec Frank Norris, Stephen Crane et Theodore Dreiser. Suivent des chapitres consacrés respectivement à Eugène Dabit, à Jean Giono, au couple Sartre et Beauvoir, ainsi qu’à la « Sainte Trinité » : Italo Calvino, Georges Perec et Julien Gracq.
Un feu d’artifice ponctue ce parcours remarquable invitant à relire Christian Bobin, Jean Echenoz, Jean Rolin, sans oublier ni François Maspéro ni Jacques Réda. Après un ultime hommage « aux villes qui se laissent aimer littérairement », une promenade bibliographique promet d’autres belles rencontres mêlant et démêlant avec bonheur le réel et l’imaginaire, l’amour des lieux et l’amour des livres. Le voyage ne fait que commencer.
Christophe Solioz





