Mille voisins

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Description :

 

Stéphane Milon
LCP, disponible jusqu’au 9 avril 2029

 

Il est d’usage de dire qu’à Paris on ne connaît pas ses voisins. Capitale de l’anonymat, elle attache à ses habitants une réputation tenace : pressés, peu enclins à décrocher un sourire. Le documentaire de Stéphane Milon prend cette représentation convenue à rebours, en ouvrant les portes de son immeuble, rue Duvergier, dans le 19e arrondissement. Rien, ici, d’un signal architectural : elle n’a ni la monumentalité des Orgues de Flandre qui dominent l’avenue, ni l’austérité ingrate de la tour Prélude, la plus haute tour d’habitation de Paris.

Pour tomber sur la tour Paris Seine, quasi invisible à qui ne la cherche pas, il faut traverser l’avenue de Flandre en direction du canal de l’Ourcq. De prime abord, elle coche toutes les cases du logement collectif des années 1970. Signée Pierre-Yves Cochin, construite entre 1969 et 1973, ses façades s’alignent sans charme ni balcons – sauf au dixième étage, concession tardive –, mais elle est entourée d’un peu de verdure. Gaspard, architecte et habitant, tranche : « Elle me donne l’impression d’avoir été dessinée en une heure. » À défaut de courbes travaillées, elle offre des vues imprenables : tour Eiffel ou Sacré-Cœur, selon l’orientation. Ce qui a plu à Masao, peintre japonais esquissant inlassablement le même paysage urbain, ou à Philippe, au sommet de la tour, qui observe les faucons. Ici, la paire de jumelles semble presque un équipement de base.

Dans ses 30 étages, ses 240 appartements et ses quelque 1 000 habitants, la tour cultive un inattendu parfum de « village vertical ». Guidé par Arly, gardien railleur, le documentaire explore les étages, les recoins et les petites comédies humaines. Les querelles de voisinage affleurent : celui qui voudrait interdire l’accès à la pelouse, un autre excédé par un professeur de musique à domicile et ses apprentis clarinettistes. Rien de spectaculaire, mais tout sonne juste. En assemblée générale, le ton change. Sujet incontournable de ces tours héritées des Trente Glorieuses : la rénovation énergétique. L’addition pique – plus de 300 euros mensuels pour un 80 m2, hors eau et électricité. Le mythe d’un habitat vertical bon marché s’effrite.

Au fil des recompositions familiales, les appartements changent de mains. Tous restent pourtant attachés à cette drôle de dame vieillissante, conçue à l’origine pour accueillir des fonctionnaires des ministères du Travail, de l’Agriculture ou de l’Intérieur – un morceau de politique publique –, désormais le reflet d’un des derniers quartiers bigarrés de la capitale.

Maider Darricau

 


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