RN 72 À la conquête de l’Ouest

Camille Girerd et Florent Maillet
Together Media/France Télévisions
Disponible sur www.France.tv
Comment la Sarthe, autrefois fief de François Fillon et de la droite républicaine, est-elle devenue une terre d’élection du Rassemblement national ? Dans ce documentaire qui décrit méthodiquement la stratégie de conquête de l’extrême droite sur ce territoire de l’ouest rural et catholique, les protagonistes sont des membres RN de générations différentes.
Il y a d’abord les historiques, pour ne pas dire les claniques : Marie-Caroline Le Pen, fille de Jean-Marie, et son mari, Philippe Olivier, conseiller de Marine. Ces deux-là gravitent dans les arcanes du parti depuis ses tout débuts, et ont œuvré à sa « dédiabolisation ». Quand Marie-Caroline arpente les marchés et les foires aux bestiaux, sa moitié coache les futurs élus aux techniques de communication et de rhétorique pour défendre « la marque RN » et « la marque Le Pen », allant jusqu’à les encourager à utiliser ChatGPT pour structurer leur discours et dresser un plan stratégique.
Le documentaire suit également Pierre Vaugarny, éleveur de volaille, ancien leader de la FNSEA, une prise de choix pour le RN tant il incarne à la perfection le territoire sarthois – qui a perdu 10 000 fermes en dix ans. « Il y a une vraie fracture entre la ruralité et le monde urbain, croit-il. Mais si la Sarthe est, dans l’Ouest, l’un des départements où le message [du RN] passe le mieux, c’est parce que les responsables passés n’ont objectivement pas fait leur travail. » Son fils, qui a épousé la cause, ajoute : « C’est plus l’extrême droite, c’est le Rassemblement national. Il y a encore quelques années, c’était un sujet tabou. Ça se libère de plus en plus. »
Quant à Romain Lemoigne, 25 ans, lui, incarne la génération Bardella : propre sur lui et réfractaire aux sorties violentes et racistes des anciens, qu’il condamne de manière très, très appuyée devant la caméra. Dans le laboratoire sarthois du RN, il est le produit idéal, ravissant même la mairie de La Flèche à l’élue socialiste sortante.
Après quarante ans à tracer ses sillons, le parti croit l’heure de la récolte arrivée : « On a 40 % des intentions de votes en comptant les Zemmour et Dupont-Aignan, analyse Philippe Olivier. Quand vous croisez quelqu’un dans la rue, il y a une chance sur deux qu’il partage nos convictions. Il n’y a plus de raisons de se cacher. »
Rodolphe Casso





