L’agriculture urbaine à la croisée des chemins
Près de six ans après l’élan insufflé par l’appel à projets Quartiers fertiles, lancé par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), l’agriculture urbaine reste fragile. Entre réussites et abandons, soutiens publics et investissements privés, retour sur un mouvement qui cherche sa voie.
La liquidation judiciaire de la Cité de l’agriculture de Marseille, en août 2025, a résonné comme un coup de semonce dans le secteur de l’agriculture urbaine. Créée il y a dix ans et à l’initiative de nombreux projets, comme la ferme Capri et ses 8 500 m2 dans le 15e arrondissement, cette structure associative incarnait la promesse d’une ville nourricière et inclusive. L’arrêt de l’activité de l’association dans la cité phocéenne révèle les fragilités d’un modèle économique encore en construction, à l’heure où les financements publics se raréfient et où les collectivités, elles-mêmes contraintes budgétairement, revoient leurs priorités.
Pourtant, loin de signer l’arrêt du mouvement, cette crise intervient au moment où plusieurs projets arrivent à maturité, comme celui de Laval (Mayenne), de Villejuif (Val-de-Marne) ou de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), où des fermes urbaines passent en phase opérationnelle après des années d’ingénierie et de concertation. Ces initiatives témoignent d’une évolution : l’agriculture urbaine ne se résume pas à des toitures végétalisées ou à des jardins partagés. Elle peut devenir un outil d’aménagement, capable de répondre à des enjeux sociaux, alimentaires et environnementaux complexes.

Installée sur des terrains opérés par Nhood, la branche immobilière de Auchan, la Ferme du Fort alimente déjà plusieurs magasins de l’enseigne à Lille. Sur un demi-hectare, légumes et herbes aromatiques poussent sous une serre non chauffée, crédit : La Ferme du Fort
Lancé en 2020 par le ministre chargé de la Ville et du Logement de l’époque, Julien Denormandie, le programme Quartiers fertiles a mobilisé 34 millions d’euros de fonds publics pour soutenir des projets d’agriculture urbaine dans les quartiers prioritaires. L’objectif : créer des emplois, lutter contre la précarité alimentaire et verdir les territoires en renouvellement urbain. « Nous avons reçu près de 150 dossiers et 98 lauréats ont été désignés, explique Nicolas Le Roux, responsable du pôle Ville productive et créative à l’Anru. Une quarantaine d’opérations sont soldées, sur un total de 219, souvent portées par des acteurs privés et de moins grande envergure. Douze projets ont été abandonnés, principalement pour des questions foncières ou des changements politiques. »
Les retards se sont accumulés, notamment à cause de la crise sanitaire du Covid, mais aussi en raison de la complexité administrative et de la difficulté à pérenniser les modèles économiques. Selon les estimations de l’Anru, ces projets devraient générer environ 900 emplois, soit une moyenne de 7 emplois par site. Un chiffre modeste, mais qui témoigne de l’ambition d’ancrer ces activités dans la durée.
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