mmMaider Darricau20 janvier 20264min0

Jean-Pierre Buche, maire de Pérignat-ès-Allier

Après trois mandats, cet agriculteur de métier, maire depuis 2001 et vice-président du Grand Clermont, en charge du SCoT et du projet alimentaire territorial (PAT), rendra son écharpe en mars prochain. Il dresse un bilan positif, soulignant que l’écologie citoyenne a été au cœur de son mandat.

Comment est née votre conscience environnementale ?

Tout part d’une forte sensibilité à l’écologie, née dans un milieu familial où mon père était fortement engagé dans le syndicalisme agricole. En commençant ma carrière, j’ai acheté une radio pour mon tracteur, et découvert des penseurs et des idées qui ont nourri ma réflexion et orienté mes actions lorsque j’ai été élu. J’ai défendu des dispositifs de rétention d’eau et encouragé mon équipe à prendre en main des projets plutôt que de tout externaliser au privé. Des obstacles administratifs et techniques ont freiné certaines ambitions, comme le raccordement des cuves, mais l’objectif restait clair : mieux gérer l’eau pluviale et limiter l’impact sur les sols argileux.

Lors de votre mandat en tant que conseiller général (2011−2014), vous avez créé une régie de territoire : quels étaient les objectifs ?

Avec ma collègue Jocelyne Glace, présidente de la régie de territoire, nous avons voulu aborder l’insertion autrement, en la considérant comme un projet de territoire global. Ce projet intègre des volets importants, tels que l’alimentation, le transport et les matériaux biosourcés. L’objectif est de donner à l’insertion une véritable place, ni délégataire ni symbolique, mais une place professionnelle où chacun peut se sentir reconnu malgré ses difficultés.

Notre démarche vise également à répondre à la problématique de la sécurité alimentaire, car de nombreuses personnes précaires consomment des produits industriels peu sains. Face à des acteurs majeurs comme le groupe Avril, nos moyens restent modestes, mais la force réside dans la capacité à innover et à diffuser des pratiques vertueuses. Ce projet alimentaire territorial se traduit par des actions concrètes : espaces maraîchers, circuits courts, cantines locales, même si les avancées restent lentes et parfois à contre-courant.

Vous avez également transformé un site de carrières en espace naturel et agricole : comment avez-vous procédé ?

En tant que président du syndicat d’études et d’aménagement touristique (SEAT) de l’écopôle du Val d’Allier, j’avais pour mission la gestion d’un vaste site de carrière de 130 hectares, surexploité depuis soixante ans. Aujourd’hui, il s’agit d’un espace naturel sensible que nous nous sommes réapproprié grâce à des actions de renaturation.

Au départ, les négociations avec les carrières ont été difficiles, mais un partenariat s’est aujourd’hui instauré, permettant aux exploitations d’adopter une vision plus respectueuse, en laissant des zones pour la faune et la flore. Cette évolution a été reconnue par des organismes comme l’Unicef et WWF. Sur 140 hectares, 7 servent de tests maraîchers pour des jeunes en reconversion, avec un accès au foncier souvent difficile. Nous mettons donc ce terrain à disposition, et avec l’aide d’un paysagiste et de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), nous plantons un verger conservatoire tout en suivant l’évolution des oiseaux. Il s’agit d’appliquer la permaculture à la production agricole, créant ainsi des lieux diversifiés où différents acteurs collaborent. Nous avons aussi trouvé un moyen de remblayer certaines zones avec des espaces agricoles, un processus long, mais désormais irréversible.

Propos recueillis par Maider Darricau

Photo : Claire Boilon

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