AOC, un patrimoine sous pression foncière
Alors que l’objectif de sobriété foncière s’impose, certaines parcelles viticoles classées en AOC continuent d’être grignotées par l’urbanisation. Peut-on protéger un terroir lorsqu’il vaut moins qu’un terrain à bâtir ? De la Savoie à Pomerol, l’AOC révèle toute sa puissance… et ses limites. Décryptage.
Malgré un contexte général qui incite à la sobriété foncière, notamment avec l’objectif ZAN (« zéro artificialisation nette »), le développement urbain continue de se réaliser largement par extension : 227 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers (Enaf) ont ainsi été consommés par l’urbanisation entre 2012 et 2021 (1). Cette progression interroge globalement notre capacité collective à protéger les terres agricoles, d’autant plus lorsque ces dernières sont reconnues pour leurs qualités agronomiques et les terroirs qu’elles incarnent. Certains espaces bénéficient d’un signe d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO), comme l’appellation d’origine contrôlée (AOC), qui certifie « l’exigence et le savoir-faire des producteurs » et garantit « aux consommateurs des produits de qualité, répondant à des conditions précises, et régulièrement contrôlés », peut-on lire sur le site du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire (Maas).
De prime abord, nous pourrions penser que la reconnaissance d’un produit en AOC protège les fonciers agricoles de toute mutation en faveur de l’urbanisation, afin de garantir la pérennité de productions à forte valeur ajoutée. Mais la réalité s’avère plus complexe. Un viticulteur rencontré cet été nous indique que c’est la dernière année qu’il produit du Saint-Jeoire-Prieuré, vin intégré à l’AOC vin de Savoie. En cause : arrivés au terme de son bail rural, les propriétaires des parcelles ont choisi de ne pas le reconduire afin de vendre ce foncier devenu constructible. Le viticulteur souffle alors, d’un ton résigné : « Je comprends… il y a une telle pression liée au développement de Chambéry. Il faut bien loger les gens. » Malgré tout, il semble paradoxal d’avoir un foncier agricole classé en AOC, mais pouvant être grignoté par l’urbanisation.
Un outil de valorisation très encadré
Créées en 1935, les appellations d’origine contrôlée – et leur équivalent européen d’appellation d’origine protégée (AOP) – constituent l’un des signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine, reconnus et contrôlés par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité). Preuve du lien entre produit et terroir, elles demeurent un marqueur important des savoir-faire et qualités intrinsèques de certaines aires géographiques. Dans le secteur viticole, la France comptait en 2023, plus de 380 appellations selon l’INAO, et 95 % des vins bénéficient d’un signe d’identification de la qualité et de l’origine, faisant de la viticulture le domaine agricole où les SIQO pèsent le plus fortement dans la production totale.
Ces appellations sont définies pour garantir la cohérence entre un produit, un savoir-faire et un territoire. Cahier des charges précis, encadrement strict des pratiques, cépages autorisés, contrôle par l’INAO : tout concourt à l’homogénéité et la fidélité d’un vin à son terroir d’origine. Mais cette puissance réglementaire s’arrête au seuil de la parcelle…
Gaspard Finck
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Couverture : Donatien Mary
Crédit photo : Florian Pépellin/CC-BY-SA‑4.0
Notes :
1/ « En dix ans, les bureaux et services publics ont consommé autant d’espace naturel, agricole ou forestier que l’industrie », Insee, 2025.






