À Mayotte, la souveraineté alimentaire attendra

L’agriculture, essentiellement vivrière à Mayotte, a été meurtrie par le cyclone Chido du 14 décembre 2024, alors que la situation était déjà très fragile sur l’île. Les agriculteurs non professionnels, majoritaires, utilisent le brûlis qui érode dangereusement les sols, quand l’installation d’agriculteurs formés est ralentie par le désordre foncier persistant. Reportage.

« Trente minutes après le cyclone, les enfants venaient ramasser des cocos là où ils en trouvaient », se souvient Emmanuel Desdoigts, ingénieur conseil en développement agricole et rural. Il était sur place quand les rafales de Chido ont balayé l’île au lagon à plus de 200 kilomètres par heure, le 14 décembre 2024. Son récit résume le poids de l’agriculture vivrière mahoraise : non pas portée vers le marché, mais avant tout de subsistance.

Selon le dernier recensement agricole de la direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf) de Mayotte, effectué en 2020, le 101e département français, niché dans l’océan Indien, compte officiellement 4 315 exploitations valorisant 6 000 hectares de superficie agricole utilisée. Une surface qui serait, en fait, trois fois plus importante, selon une campagne photographique réalisée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et l’Établissement public foncier et d’aménagement de Mayotte, devenu EPRDM, Établissement pour la reconstruction et le développement de Mayotte.

Une parcelle après un brûlis sur la parcelle N40 de 57 hectares près de Sada qui fait l’objet d’une expérimentation de l’EPRDM.

La grande majorité sont des micro-exploitations, et certains agriculteurs, malgré leur numéro de Siret, ne vendent que quelques mains de bananes chaque année. Elles poussent le plus souvent dans leur « jardin mahorais », du nom de cette polyculture traditionnelle, étagée et entremêlée aux arbres sur les pentes de la forêt. Environ 2 500 exploitations familiales entièrement de subsistance sont aussi recensées. Un nombre très probablement sous-dimensionné.

Chido a mis à terre environ 85 % de la production végétale et la quasi-totalité des serres, a compté la Daaf. « Les gens avaient faim. Après une catastrophe, on finance toujours de la distribution alimentaire, mais là, ça ne s’arrêtait jamais », relève Karine Meaux, responsable du pôle Urgences de la Fondation de France, qui a récolté 44 millions d’euros pour Mayotte. « Entre les arbres tombés, les champs détruits et les problèmes d’accès au port et à l’aéroport, il s’agissait d’une question alimentaire d’urgence. » Dès février, la fondation a soutenu des associations à hauteur d’un million d’euros pour des achats de semences et de matériel afin de recréer une sécurité alimentaire sur l’île.

Une sécurité mise à mal par le doublement de la population tous les vingt ans, qui s’explique notamment par une forte pression migratoire, notamment issue des Comores voisines. Sur les 374 km2 du territoire, les habitants sont passés de…

Lucie Romano 

Lire la suite de cet article dans le numéro 447 « Souveraineté agricole » en version papier ou en version numérique

Couverture : Donatien Mary 

crédit photos : Lucie Romano

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