Rétrozonage : l’art de redonner du sens aux sols
Face à la crise alimentaire et à la dépendance aux importations, certaines collectivités repensent radicalement l’usage de leurs sols. À Lyon comme à Mouans-Sartoux, le rétrozonage remet les parcelles là où elles ont le plus de sens : au service de l’agriculture et de la production locale.
Le rétrozonage n’est pas une invention récente. Le concept existe depuis longtemps dans les pratiques d’urbanisme, même si le mot lui-même relève davantage du vocabulaire des praticiens, des élus et des administrations. Schématiquement, il s’agit de reclasser en zone agricole (A) ou naturelle (N) une parcelle qui avait été destinée à l’urbanisation future (AU).
En d’autres termes, cela consiste à revenir sur un choix de constructibilité potentielle, ancien ou non, parfois jamais mis en œuvre. Une opération qui a toujours été possible juridiquement, mais dont le recours s’est nettement accéléré ces dix dernières années, sans qu’il soit réellement quantifiable, tant le phénomène reste éclaté et localisé. Comme le souligne Maylis Desrousseaux, maîtresse de conférences en urbanisme et droit public à l’École d’urbanisme de Paris : « Ce que l’on a observé jusqu’à présent, ce sont surtout des terres agricoles ouvertes à une urbanisation future… et qui, de fait, avaient conservé leur vocation agricole. »
Cette montée en puissance s’inscrit dans une histoire plus longue. Les lois SRU (1) et Grenelle II (2) ont posé une première série de jalons vers la préservation des espaces naturels et agricoles. Mais bien avant ces textes, certaines collectivités avaient déjà pris l’initiative de reconsidérer l’usage réel de leurs sols et de fermer des perspectives urbanistiques ouvertes dans les années 1970–1990. À Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), ce réflexe s’ancre dès la fin des années 1970, lorsque le maire André Aschieri décide de s’opposer aux grands projets d’urbanisation : « À cette époque, il s’agissait de préserver des espaces vierges pour les générations futures », raconte Gilles Pérole, adjoint au maire de la ville. À Lyon (Rhône), cette logique arrive à peu près en même temps que les injonctions nationales : « Nous avons repris les périmètres agricoles du département dès 2015, puis…
Lucas Boudier
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Couverture : Donatien Mary
Photo : Dans les Alpes-Maritimes, le domaine de Haute-Combe s’étend sur 6 hectares, à 15 minutes à pied du centre-ville de Mouans-Sartoux. Dans la ferme municipale, des maraîchers cultivent des légumes et des fruits 100 % bio et de saison pour les cantines scolaires, crédit : Maison d’éducation à l’alimentation durable (MEAD)
Notes :
1/ Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, décembre 2000.
2/ Juillet 2010.





