« Le défi sera de concilier production agricole, pédagogie et respect des contraintes techniques et écologiques »
À Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), la Société des grands projets transforme le toit du centre d’exploitation et de maintenance de la future ligne 15 Sud. Au-dessus des infrastructures techniques, une vaste toiture végétalisée accueillera une zone maraîchère, un belvédère pédagogique dédié à la découverte de la nature ainsi qu’un espace protégé de 1,6 hectare. Entretien avec Alexandre Hollemaert, chef de projet commerce et publicité à la Direction des gares et de la ville.
Comment ce bâtiment s’intègre-t-il dans son environnement tout en répondant aux exigences environnementales ?
Ce bâtiment est à la fois centre de maintenance et poste de commandement de la ligne 15, et s’étend sur près de huit hectares. C’est donc un ouvrage d’envergure, situé dans un environnement dense et au cœur d’un corridor écologique voisin du parc du Plateau. Dès la conception, une attention particulière a été portée à son intégration paysagère et écologique. Pour limiter son impact visuel, le faisceau ferroviaire, partie la plus visible du site, a été recouvert d’une vaste toiture végétalisée. Celle-ci accueille également 1,6 hectare de surface de compensation écologique, exigé par l’arrêté préfectoral, intégré dans une toiture de plus de 2 hectares. Ce choix a permis de concentrer les obligations en matière de valorisation sur la biodiversité sur un seul site, maniant performance technique et respect de l’environnement dans une approche cohérente d’urbanisme écologique.
Bien que la toiture soit en partie fermée au public, en raison de sa fonction industrielle, elle accueille tout de même une activité maraîchère et pédagogique. Comment cette cohabitation est-elle organisée ?
Une zone de 2 000 m² située à l’est du bâtiment, côté rue de Bernaü et du parc du Plateau, a été aménagée pour accueillir une activité de maraîchage. Conçu comme un lieu de partage, cet espace est accessible au public et conforme aux normes ERP [établissement recevant du public, ndlr].
Le site se divise en deux parties : une zone agricole dédiée à la production maraîchère et le Belvédère, mis à disposition du maraîcher pour des activités pédagogiques, ouvertes ou évènementielles. Ce dispositif renforce la viabilité économique du projet en facilitant les échanges avec le public. L’exploitation a été confiée, via un appel à projets, à Ma Salade à Toit, déjà en activité depuis 2025 sur la toiture du centre commercial Les Arcanes, à Noisy‑le‑Grand [Seine-Saint-Denis]. Cette complémentarité crée une synergie entre les deux sites et soutient le modèle économique du maraîcher. Pour des raisons de sécurité, aucun passage direct ne relie le Belvédère aux zones de production ou de compensation écologique, réservées aux seules personnes autorisées.
La zone maraîchère, pensée comme une zone pédagogique, crédit : SGP
Quel volume sera produit et quelle sera sa destination ?
Le projet de maraîchage urbain prévoit une production annuelle de 10 à 20 tonnes de légumes, sur le modèle déjà éprouvé par Ma Salade à Toit à Noisy-le-Grand. L’exploitation fonctionnera selon un modèle semi‑intensif, sans label bio, mais sans intrants chimiques, afin de protéger la zone écologique voisine classée en mesure compensatoire pour trente ans. Sur la toiture, 10 000 m² seront cultivés sur un substrat de 30 à 40 cm, complétés par une serre de 500 m² destinée à la production de jeunes pousses, aux plants et aux espaces techniques. L’installation repose sur une convention d’occupation temporaire de douze ans, un cadre souple qui offre au maraîcher le temps d’amortir ses investissements et de stabiliser son activité. En parallèle, Ma Salade à Toit accueillera des groupes scolaires, en partenariat avec l’association Les Cols Verts. La ville compte beaucoup sur le volet pédagogique. Le maraîcher animera environ 2 000 m² dédiés aux ateliers, formations et actions de sensibilisation, avec un petit point de vente directe. Le défi sera de concilier production agricole, pédagogie et respect des contraintes techniques et écologiques.
Concernant les mesures compensatoires : quelles sont vos obligations, quelles espèces végétales seront implantées et comment sera assurée leur gestion ?
Le projet est conçu dans une logique de sobriété environnementale et intègre la gestion des eaux pluviales pour limiter l’usage d’eau potable et favoriser l’irrigation naturelle. L’objectif est clair : allier performance agricole, intégration écologique et exemplarité environnementale sur un site urbain innovant. Le volet écologique du projet repose sur une dynamique naturelle, dans un cadre simplement amorcé pour favoriser l’autodéveloppement de l’écosystème. Conformément aux obligations réglementaires, des zones humides ont été créées et intégrées au dispositif de gestion et de ruissellement des eaux pluviales. Le site accueillera une pelouse calcicole – prairie sèche adaptée aux toitures – ainsi que divers aménagements favorables à la faune. Environ 900 mètres de muret en pierre légère ont été construits pour offrir des refuges à la petite faune, notamment aux lézards et aux insectes, tout en limitant la charge sur la structure.
Par ailleurs, un suivi écologique rigoureux est prévu : chaque année, pendant les trois premières années, puis tous les deux ans, sur les neuf années suivantes, enfin, tous les cinq ans, jusqu’à la trentième année. Ces contrôles portent notamment sur les espèces protégées présentes sur le site, comme la Bondrée apivore, un rapace local qui illustre l’interdépendance entre pollinisateurs et biodiversité.
Quel est le calendrier prévisionnel du projet ?
Nous prévoyons une prise de site au second semestre 2026, avec les premiers semis et installations, puis les récoltes et l’ouverture progressive du Belvédère en 2027. Cette phase marquera le lancement des actions de sensibilisation et d’accueil du public. La cohabitation entre les différents acteurs – transporteur, équipes de maintenance RATP GI, maraîcher et gestion écologique – nécessitera une gouvernance partagée pour assurer un fonctionnement harmonieux.
Propos recueillis par Maider Darricau
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Crédit photo : SGP






