« À São Paulo, les agriculteurs se réapproprient les interstices urbains »

Angèle Proust est maîtresse de conférences contractuelle à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) et chercheuse au Centre de recherche et de documentation sur les Amériques (Creda). Docteure en géographie, elle a soutenu en 2024 une thèse portant sur l’agriculture alimentaire et les systèmes alimentaires à São Paulo, où les fonctions de l’agriculture urbaine diffèrent sensiblement de celles observées dans les contextes européens.

Comment le territoire de São Paulo se caractérise-t-il et que révèle-t-il des dynamiques urbaines et sociales ?

L’agglomération de São Paulo est un territoire qui dépasse largement les limites de la commune, exactement comme c’est le cas pour Paris. Il est donc indispensable, lorsque l’on s’intéresse à cette ville, de s’attacher d’abord aux dynamiques urbaines à l’échelle métropolitaine. La région métropolitaine, qui compte 39 communes (dont celle de São Paulo) et environ 22 millions d’habitants, est une région extrêmement développée, dotée d’infrastructures de transport performantes et d’une accessibilité mondiale remarquable. C’est grâce à elle que l’État de São Paulo est incontestablement l’État le plus riche du Brésil, puisqu’il génère à lui seul près de 30% de la richesse nationale. Cependant, cette prospérité s’accompagne de profondes inégalités.

Au sein de la commune de São Paulo, les populations favorisées résident dans la couronne péricentrale, principalement dans les quartiers situés au centre-ouest de la ville, ou encore dans des quartiers fermés, les gated communities, souvent implantés en périphérie. En s’éloignant du centre, l’organisation urbaine se déploie en cercles concentriques : dans les zones périphériques, on trouve davantage de quartiers précaires et autoconstruits (qu’on appelle communément des favelas) – même s’il y a aussi beaucoup de quartiers précaires qui sont tout à fait légaux. On considère que près de 10 % des habitants de la commune vivent dans ces quartiers précaires autoconstruits. Dans ma thèse, j’ai voulu étudier ces inégalités par le prisme de l’agriculture urbaine, en montrant qu’il existe plusieurs modèles agricoles qui témoignent des déséquilibres sociospatiaux entre les quartiers aisés (ou les quartiers paupérisés en cours de gentrification) et les périphéries pauvres…

Propos recueillis par Maider Darricau 

Lire la suite de cet article dans le numéro 447 « Souveraineté agricole » en version papier ou en version numérique

Couverture : Donatien Mary 

Crédit photo : Angèle Proust

Notes : 

1/« Des champs sous haute tension : enjeux politiques de l’agriculture urbaine dans les marges sociospatiales de São Paulo », décembre 2024 est la thèse d’Angèle Proust

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