« Le testeur offre la possibilité d’expérimenter sans contrainte »

Emmanuelle Hoss est directrice de Paris Commerces, l’opérateur créé par la Ville de Paris en 2017, né du rapprochement entre le GIE Paris Commerces, la SEM Paris Commerces et sa filière foncière. Il s’appuie sur l’accompagnement et l’innovation pour reconnecter les commerces aux usages réels.

 

Paris Commerces est désormais un guichet unique. Quels objectifs poursuit-il ?

Longtemps considéré comme le parent pauvre de l’urbanisme, l’urbanisme commercial connaît un tournant avec la création de ce guichet unique, qui reconnaît enfin le rôle essentiel des commerces dans la vitalité urbaine. Paris Commerces réunit sous une même marque les acteurs de la politique commerciale de la Ville et agit, en tant qu’opérateur intégré, de manière plus efficace en mobilisant tous les leviers disponibles. À travers l’installation de commerces dans les locaux de bailleurs sociaux ou l’acquisition de locaux privés, nous préservons la diversité commerciale là où le marché ne le garantit plus. Cette « fabrique commerciale » articule commerces, habitat, mobilités et vie de quartier, la maîtrise foncière assurant une régulation durable. Le guichet unique centralise les annonces et accompagne les porteurs de projet à chaque étape, en simplifiant les démarches et en coordonnant les organismes impliqués.

Comment le testeur lève-t-il les freins liés à l’installation ?

Le premier, situé rue du Château‑d’Eau dans le Xe arrondissement, rencontre un vrai succès. Né du constat que l’ouverture d’un commerce impose des engagements lourds – baux 3−6−9, prêts, cautions –, le testeur offre la possibilité d’expérimenter un projet dans un local, sans contrainte financière ni engagement à long terme. Les porteurs peuvent y louer un espace de 15 jours à 6 mois pour tester leur concept et mesurer sa viabilité, en maîtrisant le risque. Mis en place il y a une dizaine d’années, le dispositif a fait ses preuves : environ 50 % des commerçants poursuivent leur activité et 50 % y renoncent, évitant ainsi un investissement inadapté. Ouvrir un commerce reste un engagement fort, notre ambition est de permettre d’essayer, d’apprendre et, parfois, de se réinventer.

Le loyer constitue un obstacle majeur, comment y travaillez-vous ?

Avec notre dispositif, il n’y a ni pas-de-porte ni de fonds de commerce à acquérir : les commerçants peuvent ainsi démarrer sans déficit initial. Nous proposons des loyers maîtrisés, notamment pour les commerces culturels, et des baux sur mesure, adaptés à chaque situation. Dans un cadre juridique français très encadré, notre objectif est d’introduire plus de souplesse, grâce à des baux à durée limitée et à des conditions d’entrée allégées.

Au-delà de l’aspect foncier, nous offrons un accompagnement global : coaching, ressources et conseils pratiques. Car la réussite repose autant sur la maîtrise du foncier, gage de régulation, que sur une gestion fine des baux. En combinant solidité foncière et souplesse d’accompagnement, nous créons un cadre stable et évolutif pour le commerce de proximité. Il nous suffit d’intervenir sur seulement 5 % du parc d’un quartier pour enclencher une dynamique de transformation et renforcer sa diversité commerciale.

Quelles expérimentations débuteront prochainement ?

Le premier projet concerne la mise en place d’une dizaine de testeurs de commerce répartis dans plusieurs quartiers. Il prend la forme d’un appel à projets, dans une version adaptée du testeur du Xe arrondissement. Dix locaux seront proposés avec des baux de courte durée, des loyers réduits et des conditions « tout compris », afin de redynamiser des zones marquées par la vacance commerciale. En parallèle, nous poursuivons l’ouverture de commerces pérennes. Le second projet porte sur un outil inédit, issu d’une étude menée depuis plusieurs années sur les externalités positives du commerce. Conçu avec Datactivist et l’École des Mines, ce simulateur évalue la valeur des bénéfices non marchands que le commerce apporte à la ville. Il permet d’estimer ce que coûteraient à la collectivité des fonctions essentielles – comme la sécurité, la propreté ou le lien social – si les commerces de proximité venaient à disparaître. Cette modélisation illustre une idée simple : soutenir le commerce de proximité, c’est soutenir la ville tout entière, son équilibre et sa vitalité.

Nous avons identifié 18 externalités qui contribuent directement à la qualité de l’espace public et à la cohésion de quartier. Je le crois profondément : le commerce « tient » l’espace public. Il ne se limite pas à une activité économique, mais constitue un véritable service humain de proximité. Chacun a déjà éprouvé ce besoin spontané d’entrer dans un commerce pour trouver un repère, une présence familière, un espace sûr : les commerçants donnent à la ville bien plus qu’un service marchand.

Propos recueillis par Maider Darricau

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Couverture : Guillaume Guilpart 

crédit photo : Arnaud Février

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