Le tribut sanitaire des autoroutes franciliennes

En juillet dernier, un colloque organisé par Est Ensemble consacré aux autoroutes urbaines a permis de cerner l’impact sanitaire des transports sur la santé des Franciliens et les solutions pour l’atténuer efficacement.

À l’occasion du colloque intitulé « Apaiser les autoroutes en Ile-de-France : quelles transformations pour les autoroutes urbaines ? », qui s’est tenu à l’établissement public territorial Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) le 1er juillet 2025, plusieurs organismes sont venus présenter des données sur les conséquences de la pollution aérienne et sonore pour la santé des habitants d’Ile-de-France. Selon les constatations de l’Observatoire régional de santé, représentée par Sabine Host, responsable des études santé/environnement, la mauvaise qualité de l’air aurait causé en 2019 environ 7 900 décès prématurés par an, soit 11 % de la mortalité annuelle dans la région et 10 mois de perte d’espérance de vie moyenne perdue par adulte.

Dans le détail, la pollution de l’air aux particules fines (PM2,5) et au dioxyde d’azote (NO2) est responsable chaque année de plusieurs milliers de nouveaux cas de maladies chroniques, dont 6 900 cas d’asthme chez les enfants (18 % des nouveaux cas rencontrés chaque année) ; 2 720 cas chez les adultes (14 % des nouveaux cas) ; 590 cancers du poumon (10 % des nouveaux cas) ; 1 360 AVC (10 % des nouveaux cas) et 16 590 cas d’hypertension artérielle (10 % des nouveaux cas).

Anne Kauffmann, responsable d’études chez Airparif, a rappelé qu’en Ile-de-France, les niveaux de dioxyde d’azote, qui est l’un des polluants problématiques dans la région, sont principalement émis par le trafic routier, en particulier par les véhicules diesel. Cependant, la situation s’est nettement améliorée grâce aux réglementations et aux politiques publiques mises en place pour limiter le trafic et accélérer le renouvellement du parc routier. En 2009, 2,9 millions d’habitants étaient exposés à des dépassements des seuils de valeur limite réglementaire définis par la France. En 2024, « grâce à tous les efforts faits jusqu’à maintenant, ils ne sont “plus que” 800 », affirme Anne Kauffmann. En vingt ans, les concentrations ont été divisées par deux. Cependant, 20 % de la population francilienne (soit 2,6 millions) reste exposée au-delà des valeurs limites réglementaires, proches de celles définies par l’OMS, plus exigeantes, qui entreront en vigueur en 2030.

Une vision d’avenir : l’autoroute A3 sud, en 2026 et en 2040. Source : Ouvrir la voie – Plaidoyer pour l’apaisement des autoroutes d’Est Ensemble, 2024

Quelques mètres peuvent faire la différence

Il en va de même pour les particules PM2,5, qui désignent des entités solides de diamètre inférieur à 2,5 µm et que l’on retrouve majoritairement sur les bords des axes routiers. Tout comme pour le dioxyde d’azote, Airparif a également constaté, entre 2007 et 2024, des niveaux de concentration divisés par 2 (-55 %). Les concentrations les plus élevées sont relevées au voisinage des principaux axes routiers régionaux et des axes parisiens – les niveaux peuvent y être jusqu’à deux fois supérieurs à ceux relevés en s’éloignant.

Quelques mètres peuvent faire la différence, ainsi que le démontre une expérience menée par Airparif : un capteur embarqué sur un vélo cargo roulant sur une piste cyclable séparée de l’axe routier a enregistré 30 % à 40 % de pollution en moins que sur l’axe en question. « Ce qui signifie que le trottoir est encore moins exposé, et que les bâtiments sont protégés, précise Anne Kauffmann. C’est pourquoi toute la réflexion visant à diminuer l’ampleur du trafic et à redonner de l’espace [aux abords des constructions] permet de réduire la pollution pour les habitants tout autour. »

Globalement, les mesures ayant permis la baisse de la pollution aérienne ont fait chuter la mortalité, en une dizaine d’années, de 40 % sur l’ensemble du territoire francilien. Pour Sabine Host, de l’ORS, « cela illustre bien que les mesures d’amélioration de la qualité de l’air sont particulièrement pertinentes pour la santé publique. Aucun autre levier n’est aussi efficace ». Airparif met à disposition ses informations aux collectivités pour leur prise en compte dans les documents d’urbanisme ou pour inscrire les questions de qualité de l’air dans les projets de réaménagement de quartiers, « avec un travail sur maquette numérique afin d’identifier les meilleures solutions pour limiter au maximum les niveaux d’exposition pour les futurs usagers », comme le précise Anne Kauffmann.

Rodolphe Casso 

Lire la suite de cet article dans le numéro 446 « Territoires du soin » en version papier ou en version numérique

Couverture : Mathieu Persan 

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