« Les formats se complètent plus qu’ils ne se remplacent »

Vincent Chabault, professeur de sociologie à l’université Gustave-Eiffel et spécialiste des questions de consommation, et Pascal Madry, directeur de l’Institut pour la ville et le commerce (IVC), esquissent les contours d’espaces marchands en pleine transition vers des lieux de service, de sociabilité et d’expérience plutôt qu’en simples points de vente. L’avenir des centres-villes et commerciaux y apparaît ainsi moins sombre face à l’assaut du e‑commerce.

Vincent Chabault (à g.) et Pascal Madry. crédit : Rodolphe Casso

On évoque la dévitalisation urbaine depuis les années 1980–1990. Comment ce phénomène a‑t-il évolué ?

Pascal Madry : La dévitalisation commerciale est évoquée pour la première fois dans les années 90, mais 1890. À l’époque, les grands magasins s’imposent dans le paysage commercial des grandes villes, notamment à Paris, au moment même où la production de richesses ralentit. Comme aujourd’hui, le pouvoir d’achat baisse et la concurrence se tend entre les nouvelles formes de commerce moderne et celles déjà en place : les petits indépendants. Près de 25 000 commerces ferment alors à Paris, et probablement beaucoup d’autres ailleurs, bien que les recensements manquent cette fois. C’est à cette période qu’apparaissent les premières associations de commerçants, décidés à défendre leurs intérêts, et que la question de la dévitalisation commerciale entre dans le débat public. Depuis, elle revient régulièrement à chaque grande crise économique ou innovation commerciale : le débat, en somme, est ancien.

Vincent Chabault : Émile Zola a été l’un des premiers à aborder le sujet [dans son roman Au Bonheur des Dames, ndlr]. Dès 1852, avec la naissance des grands magasins comme Le Bon Marché, cette révolution commerciale a nourri le mythe de la disparition inéluctable du petit commerce. Après les grands magasins sont venus les magasins à prix unique (ou magasins populaires), dont on parle moins. Dans les années 1930, une régulation juridique a tenté d’en limiter le développement, sans succès. Ils portent d’ailleurs mal leur nom, puisqu’ils désignent aujourd’hui des enseignes comme Monoprix, des magasins alimentaires créés à l’origine par les grands magasins eux-mêmes. Puis est arrivée la grande distribution, et plus récemment le commerce de plateforme, qui réactive à son tour cette question de la « décommercialisation ». Ce qu’il est nécessaire de préciser, c’est que, dans l’histoire du commerce, les formats se complètent plus qu’ils ne se remplacent.

Pascal Madry, dans votre dernier ouvrage coécrit avec Catherine Sabbah, En finir avec les idées fausses sur le commerce (1), on peut lire : « Le secteur des échanges marchands a longtemps été le caillou dans la chaussure des urbanistes », que vouliez-vous dire ?

P. M. : Pendant longtemps, les politiques publiques considéraient le commerce uniquement sous l’angle économique, à travers la…

Propos recueillis par Maider Darricau

Lire la suite de cet article dans le numéro 448 « Mutations commerciales » en version papier ou en version numérique

Couverture : Guillaume Guilpart

Photo : Une zone commerciale, route de Bayonne, dans la commune de Susmiou (Pyrénées-Atlantiques). crédit : Pascal Madry

Notes :

1/ En finir avec les idées fausses sur le commerce, Pascal Madry, Catherine Sabbah, Éditions de l’Atelier, 2025.

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