Les ressorts du renouveau commercial toulonnais

Plutôt que d’entrer dans une guerre commerciale perdue d’avance, Toulon a choisi une reconstruction progressive de son centre historique. Face à des polarités périphériques puissantes, la Métropole a misé sur la maîtrise foncière, la différenciation et la complémentarité pour réorganiser son système de centralités.

 

Pour comprendre le renouveau du centre-ville toulonnais, il faut d’abord revenir aux racines du déséquilibre. Adrien Beltran, chargé d’études planification territoriale à l’agence d’urbanisme de l’aire toulonnaise et du Var (Audat), le rappelle : « Le commerce du centre-ville de Toulon a été mis en concurrence avec les centres commerciaux en périphérie depuis les années 1980, si bien qu’en 2010, le centre-ville était dévitalisé. » L’ouverture de Grand Var en 1978, puis celle du centre commercial Mayol, en lisière du centre-ville en 1990, ont fortement impacté les pratiques de consommation à l’échelle de l’aire toulonnaise.

Pensé pour pallier l’inadaptation du tissu ancien aux grandes surfaces, Mayol a joué un rôle ambivalent. « Il est venu répondre à une demande, mais a conduit en même temps à paupériser et à étouffer les commerces de proximité, sans réellement faire contrepoids à Grand Var », observe Adrien Beltran. Le centre ancien était donc pris en étau entre deux modèles commerciaux auxquels il ne pouvait structurellement pas répondre. Ce déséquilibre était d’autant plus marqué que les périphéries bénéficiaient – et bénéficient toujours – d’un avantage décisif : un bâti spécifiquement créé pour répondre aux besoins des commerces actuels. Comme le souligne Guillaume Vandenbussche, chargé d’études habitat à l’Audat, sans intervention, les centres anciens restent « prisonniers de leur foncier » : leurs cellules commerciales, en l’état, sont souvent trop petites pour satisfaire les cahiers des charges des enseignes nationales, tandis qu’en périphérie, les opérations ont permis de construire des locaux immédiatement calibrés sur les attentes de ces enseignes et sur les nouvelles pratiques de consommation.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’émergence de l’Avenue 83, projet de mall en périphérie issu de la transformation de l’espace Barnéoud, ancien occupant des lieux. Kiruna Buzançais, directrice générale déléguée de la société publique locale Méditerranée (SPLM), précise que le projet est né d’« une volonté politique d’intervenir sur le sud de La Valette-du-Var », avec un choix alors novateur pour l’époque : confier l’opération à un aménageur public afin d’assurer une vision d’ensemble et une intervention foncière adaptée à l’ampleur des aménagements nécessaires.

Pas de concurrence, mais une complémentarité

Ce qui distingue le cas toulonnais, c’est que face à la puissance des polarités périphériques, le centre de la Métropole n’a pas cherché à engager une confrontation. Jean-Baptiste Arène, directeur général adjoint de Var Aménagement Développement (VAD), revendique clairement ce refus d’une opposition binaire : « Opposer la périphérie au centre-ville de façon dogmatique, savoir qui est le méchant et qui est le gentil, ce n’est pas comme ça qu’on fait de la revitalisation. » La stratégie a consisté à…

Lucas Boudier

Lire la suite de cet article dans le numéro 448 « Mutations commerciales » en version papier ou en version numérique

Couverture : Guillaume Guilpart

Crédit photo : VAD

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