Jone Sometimes – Questions à Sara Fantova

Tourné pendant les fêtes annuelles de Bilbao, le premier long métrage de Sara Fantova suit l’été de Jone, 20 ans, partagée entre son premier émoi amoureux et la découverte de la maladie de Parkinson de son père. À l’occasion de la sortie en France de Jone Sometimes, nous nous sommes entretenus avec sa réalisatrice basque-espagnole.

[À lire : notre chronique du film sur le site et dans le n° 446 de la revue.]

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

En 2013, j’ai commencé des études de cinéma à l’ESCAC (Escola Superior de Cinema i Audiovisuals de Catalunya), puis je me suis spécialisée dans la réalisation. J’ai obtenu mon diplôme avec le court-métrage No me despertéis, qui a été présenté en avant-première au Seminci [Semaine internationale du cinéma de Valladolid, ndlr] et au Festival de Rotterdam. En 2023, j’ai coréalisé la série Esto no es Suecia, avec Aina Clotet, Mar Coll et Celia Giraldo. Et la même année, j’ai tourné mon premier long métrage, Jone Sometimes, qui est sorti en septembre dernier [en Espagne, et le 17 décembre 2025, en France].

Comment filme-t-on une ville que l’on connaît par cœur ?

Tourner à Bilbao, c’était comme tourner chez moi. J’avais très envie de pouvoir filmer les lieux qui sont pour moi comme ma maison et de pouvoir retracer dans le film, d’une certaine manière, le réseau que forme mon quartier. Bilbao a de nombreux visages et j’ai finalement décidé de filmer celui qui me touche le plus. Pouvoir me rendre à pied sur le lieu du tournage a été un luxe.

La particularité est que vous avez filmé pendant les fêtes de Bilbao – les scènes de fête relèvent presque du documentaire. Comment avez-vous procédé ?

Lorsque nous avons décidé de tourner pendant les fêtes de l’Aste Nagusia de Bilbao, nous avons effectivement dû envisager un tournage plus proche du documentaire que de la fiction. Nous avons effectué un travail préparatoire très important : pendant les deux années précédentes, une partie de l’équipe s’est rendue sur place pour tourner certaines séquences et voir comment nous voulions aborder le tournage. D’autre part, nous avons travaillé en collaboration avec les groupes qui organisent les fêtes, nous sommes allés à leurs assemblées et leur avons expliqué le projet, afin de pouvoir avancer main dans la main et sentir qu’il s’agissait d’un travail commun en quelque sorte.

L’un des éléments les plus compliqués était le son, car c’est un espace où il y a tout le temps de la musique et qui ne peut être contrôlé. D’une part, nous avons discuté avec les groupes de musiciens qui allaient jouer pendant les fêtes, afin de leur demander la permission de filmer pendant les concerts. D’autre part, nous avons créé une playlist avec des groupes de musique d’amis, afin d’avoir une solution de secours, au cas où nous n’aurions pas la possibilité de filmer pendant les concerts. Ensuite, les séquences devaient être tournées en plan-séquence, car en raison du son, nous ne pouvions pas faire de contre-plan classique.

Le contraste entre les moments festifs et les promenades solitaires est important, que vouliez-vous exprimer ?

Les promenades solitaires de Jone sont la transition entre les deux mondes : celui de la maison et celui des fêtes, d’Olga et de ses amies. Ces promenades nous servent à marquer la distance entre ces deux univers et de partager avec Jone ce moment où elle peut enfin être seule, ce qui est assez rare. Elles nous permettent d’aller vers ses émotions, pour mieux saisir ce qu’elle ressent au milieu de toute cette agitation.

En urbanisme, Bilbao est un exemple de renaissance d’une ville grâce à l’installation d’un musée international. Il n’apparaît pas à l’écran. Pour une Bilbaina comme vous, que représente le musée ? Quelle perception en avez-vous ?

Comme je l’ai dit précédemment, il existe plusieurs Bilbao et j’avais envie de montrer le mien, celui de mes amis, de ma famille et de mon quartier. Je peux passer des mois entiers à Bilbao sans croiser le Guggenheim. C’est un lieu qui n’a aucun lien avec l’histoire que nous racontons, ni avec les fêtes de Bilbao (qui se déroulent loin du musée). C’est pourquoi je voulais dépeindre le Bilbao que je connais et que je considère comme mon chez-moi. Au-delà de ce que je pense personnellement du musée, si j’avais décidé de le filmer, je lui aurais donné une place et je l’aurais transformé en symbole de la ville, d’une certaine manière. Dans cette histoire en particulier, il était plus important pour moi de représenter les fêtes et même Marijaia [à la manière des géants de carnaval, la « Dame des fêtes » inaugure les festivités] comme symboles de la ville.

Je crois que vous travaillez actuellement sur un autre film. L’espace public a‑t-il la même importance que dans Jone Sometimes ?

Je ne sais pas encore, j’aimerais faire un autre film, mais nous en sommes encore à un stade très embryonnaire. Nous devons encore réfléchir et décider dans quelle direction nous voulons aller. Malgré tout, je pense que les espaces sont toujours très importants, car ils nous racontent l’histoire, nous parlent des personnages et nous situent dans un temps et un lieu. Je dirais donc que oui, ils auront toujours beaucoup d’importance.

Propos recueillis par Maider Darricau

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