« Le cinéma a ce pouvoir de fabriquer la ville »
Le festival de courts métrages expérimentaux consacré à la ville, Grain Urbain, revient pour une deuxième édition, qui se tiendra le 28 février au Club de l’Étoile, à Paris. Rencontre avec l’un de ses fondateurs, Antonin Mechler.

Grain Urbain présente sa seconde édition cette année. Comment est né le festival ?
C’est un projet que nous portons avec l’association Équipe Créative, un collectif de créateurs ancré dans le milieu culturel. Ensemble, nous organisons plusieurs évènements, et Grain Urbain est né de cette envie commune de valoriser la ville tout en explorant notre intérêt pour le cinéma expérimental. Notre ambition initiale était de créer une collection de films expérimentaux urbains et, à terme, de développer une sorte de laboratoire de recherche autour de cette thématique. Comme nous venons avant tout du monde de l’audiovisuel, et non de la programmation, nous voulions imaginer un évènement qui mette en lumière le court métrage : une forme de cinéma que je trouve particulièrement complète et libre, surtout dans le cadre urbain. C’est là que l’expérimentation et la recherche formelle ont toute leur place, avec des films qui ne reposent pas forcément sur la narration. La création du projet s’est faite de manière collective, très naturellement, en avançant pas à pas, selon nos envies et nos échanges.
Pour revenir au thème central de Grain Urbain, à savoir la ville et l’expérience urbaine, quels liens établissez-vous avec le cinéma ? Et, à titre personnel, qu’est-ce qui vous inspire ou vous touche particulièrement dans cette thématique ?
Ce qui est assez fascinant, c’est que lorsqu’on regarde l’histoire du cinéma, on se rend compte qu’il est, en quelque sorte, né avec la ville. Ces deux éléments ont toujours été intimement liés. Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est la manière dont les grandes villes sont filmées – la façon dont le regard cinématographique capte leurs perspectives, leurs rythmes, leurs profondeurs. À titre personnel, c’est avant tout une question esthétique. J’ai toujours été impressionné par les effets de parallaxe que créent les perspectives urbaines, les croisements de lignes, les mouvements. Le cinéma a ce pouvoir unique de fabriquer des villes, de construire des cartographies mentales à travers la mise en scène et le montage. Chaque cinéaste propose ainsi sa propre lecture de la ville, sa manière de l’habiter et de la faire exister à l’écran.
Avec Grain Urbain, nous cherchons justement à explorer cette diversité de regards. Nous portons une attention particulière aux différents géographiques, en essayant de représenter le plus de continents possibles à travers les films que nous recevons. Ainsi, de comprendre comment chaque culture, chaque contexte, façonne une manière différente de filmer la ville.
Justement, que pourriez-vous nous dire de la sélection proposée cette année ?
Pour cette nouvelle édition, nous avons élargi la dimension internationale du festival. Plusieurs pays font leur entrée, notamment l’Australie, avec Upfield, de Paddy Hay ; l’Allemagne, avec Feuerwerk, de Timothy George Kelly ; la Serbie, avec Inventory, d’Ivan Marković, des pays qui n’avaient encore jamais été représentés. À l’inverse, la sélection française est plus restreinte cette fois-ci, avec un seul film, ce qui témoigne d’une ouverture plus marquée.
Sur le plan artistique, nous avons pris davantage de risques. L’année dernière, la programmation proposait un équilibre entre fiction, documentaire et expérimental. Cette année, nous avons choisi d’assumer pleinement notre intérêt pour la forme expérimentale, avec des œuvres plus radicales, plus libres dans leur approche du langage et de la ville. Nous comptons aussi deux très beaux films d’animation (Core Dump, d’Alona Rodeh, Allemagne, et Lights, Haze, de Tata Managadze, Portugal et Géorgie). Ils apportent une dimension visuelle et poétique différente à la sélection.
Propos recueillis par Maider Darricau
Pour assister au festival et découvrir le programme complet, rendez-vous sur le site internet : https://equipe-creative.com/grain-urbain/
Abonnez vous à la revue urbanisme ! Formule intégrale ou 100% numérique
Crédit photo : Grain Urbain, Équipe Créative





